I. Rappels de première
La présente fiche s'inscrit dans la continuité des notions vues en classe de première :
∘ Acide , base et espèce indifférente (ou spectatrice) ;
∘ Couple acide/base (avec une liste de couples usuels à connaître) ;
∘ Transformation (ou réaction) acido-basique ;
∘ pH d'une solution et sa mesure ;
∘ Autoprotolyse et produit ionique de l'eau.
Réactions acido-basiques en solution aqueuse
Evolution d’un système acide-base
Les autres notions introduites en première seront revues dans la présente fiche.
Remarque : grâce à la fonction logarithme vue en cours de mathématiques, il est désormais possible de démontrer les différents types de solution grâce au produit ionique de l'eau (en guise d'entraînement).
1. Les solutions neutres
∙A l'équilibre, on a [H3O+]eq=[HO−]eq.
∙Or par définition du produit ionique de l'eau Ke=co 2[H3O+]eq×[HO−]eq
donc Ke=co 2[H3O+]eq2=(co[H3O+]eq)2
Soit log(Ke)=2log(co[H3O+]eq) (car log(ab)=b×log(a))
⇔−2log(co[H3O+]eq)=−log(Ke)
⇔2pH=pKe
⇔pH=2pKe
∙A 25oC, pH=214=7.
∙Exemple : solution de chlorure de sodium : NaCl(s)→Na(aq)++Cl(aq)−.
2. Les solutions acides
∙A l'équilibre, on a [H3O+]eq>[HO−]eq
⇔[H3O+]eq×[H3O+]eq>[HO−]eq×[H3O+]eq
⇔co 2[H3O+]eq2>co 2[HO−]eq×[H3O+]eq
⇔(co[H3O+]eq)2>Ke
Soit 2log(co[H3O+]eq)>log(Ke) (car log(ab)=b×log(a))
⇔−2log(co[H3O+]eq)<−log(Ke)
⇔2pH<pKe
⇔pH<2pKe
∙A 25oC, pH=214<7.
∙Exemples :
∘ Solution d'acide chlorhydrique : HCl(g)+H2O(l)→H3O(aq)++Cl(aq)− ;
∘ Solution d'acide éthanoïque : CH3−COOH(aq)+H2O=H3O(aq)++CH3−COO(aq)− ;
∘ Solution de chlorure d'ammonium : NH4Cl (s)→NH4+ (aq)+Cl− (aq) et NH4+ (aq)+H2O=H3O+ (aq)+NH3 (aq).
3. Les solutions basiques
∙A l'équilibre, on a [H3O+]eq<[HO−]eq
⇔[H3O+]eq×[H3O+]eq<[HO−]eq×[H3O+]eq
⇔co 2[H3O+]eq2<co 2[HO−]eq×[H3O+]eq
⇔(co[H3O+]eq)2<Ke
Soit 2log(co[H3O+]eq)<log(Ke) (car log(ab)=b×log(a))
⇔−2log(co[H3O+]eq)>−log(Ke)
⇔2pH>pKe
⇔pH>2pKe
∙A 25oC, pH=214>7.
∙Exemples :
∘ Solution d'hydroxyde de sodium (ou soude) : NaOH(s)→Na(aq)++HO(aq)− ;
∘ Solution d'éthanoate de sodium : CH3−CCNa(s)→CH3−COO(aq)−+Na(aq)+ et CH3−COO(aq)−+H2O=CH3−COOH(aq)+HO(aq)−.
II. Constante d'acidité d'un couple acide/base
1. Définition
∙ La constante d'acidité du couple AH/A−, notée Ka, est la constante d'équilibre de la réaction de l'acide AH avec l'eau.
∙L'équation de cette transformation est AH(aq)+H2O=H3O(aq)++A(aq)−.
∙La constante d'équilibre s'écrit alors :
Ka=[AH]eq×co[H3O+]eq×[A−]eq
2. Propriété
Ka ne dépend que de la température.
3. Exemples
∙Pour le couple CH3−COOH/CH3−COO− :
∘ CH3−COOH(aq)+H2O=CH3−COO(aq)−+H3O(aq)+ ;
∘ Ka=[CH3−COOH]eq×co[H3O+]eq×[CH3−COO−]eq=10−4,8 à 25oC.
∙Pour le couple H3O+/H2O :
∘ H3O(aq)++H2O=H2O+H3O(aq)+ ;
∘ Ka=co×[H3O+]eq[H3O+]eq×co=1.
∙Pour le couple H2O/HO− :
∘ H2O+H2O=H3O(aq)++HO(aq)− ;
∘ Ka=co 2[H3O+]eq×[HO−]eq=10−14 à 25oC.
4. Notion de pKa
a. Deˊfinition
∙On définit :
pKa=−log(Ka)⇔Ka=10−pKa
∙Remarque : cette expression est comparable à celle du produit ionique de l'eau vue dans la fiche précédente.
b. Exemples
∙Pour le couple CH3−COOH/CH3−COO−, Ka=10−4,8⇔pKa=4,8 ;
∙Pour le couple H3O+/H2O, Ka=1⇔pKa=0 ;
∙Pour le couple H2O/HO−, Ka=10−14⇔pKa=14.
5. Utilisation du pKa : diagramme de prédominance
∙Pour le couple AH/A− : AH(aq)+H2O=H3O(aq)++A(aq)− ;
∙La constante d'acidité du couple AH/A− est
Ka=[AH]eq×co[H3O+]eq×[A−]eq
⇔Ka=[AH]eq[A−]eq×co[H3O+]eq
Soit log(Ka)=log([AH]eq[A−]eq)+log(co[H3O+]eq)
⇔−log(Ka)=−log([AH]eq[A−]eq)−log(co[H3O+]eq)
⇔pKa=−log([AH]eq[A−]eq)+pH
⇔pH=pKa+log([AH]eq[A−]eq) (équation de Henderson-Hasselbalch, à ne pas connaître par coeur)
∙Ainsi :
∘ Si pH=pKa alors log([AH]eq[A−]eq)=0
⇔[AH]eq[A−]eq=1
⇔[A−]eq=[AH]eq ;
∘ Si pH<pKa alors log([AH]eq[A−]eq)<0
⇔[AH]eq[A−]eq<1
⇔[A−]eq<[AH]eq⇔HA prédomine ;
∘ si pH>pKa alors log([AH]eq[A−]eq)>0
⇔[AH]eq[A−]eq>1
⇔[A−]eq>[AH]eq⇔A− prédomine.
∙Le domaine (ou diagramme) de prédominance des espèces AH et A− se schématisera de la façon suivante :

∙Le diagramme de distribution des espèces AH et A− se schématisera de la façon suivante :

(d'après ressources.unisciel.fr)
III. Coefficient de dissociation d'un acide faible
1. Définition
∙Le coefficient de dissociation α d'un acide faible est la fraction de l'acide qui se dissocie en ions en solution :
α=[AH]initiale[A−]eˊquilibre
où [A−]eˊquilibre est la concentration de la base conjuguée à l'équilibre, et [AH]initiale est la concentration initiale de l'acide.
∙ Remarque : pour un acide faible AH, on peut utiliser la conservation de la matière pour déterminer α en connaissant l'état initial et le pH à l'équilibre.
∙ Exemple : si un acide faible a une concentration initiale de 0,1mol/L et que, à l'équilibre, la concentration de sa base conjuguée est de 0,01mol/L, alors :
α=0,10,01=0,1=10%
2. Effet de la dilution sur le coefficient de dissociation
∙ Propriété : la dilution d'un acide faible augmente son coefficient de dissociation α. En effet, en diluant la solution, on réduit la concentration des espèces en solution, ce qui déplace l'équilibre vers la dissociation de l'acide (principe de Le Chatelier).
∙ Prévision qualitative : plus la dilution est importante, plus α augmente.
∙ Exemple : un acide faible a un coefficient de dissociation de 1% à une concentration de 0,1mol/L. Après dilution à 0,01mol/L, α peut augmenter à environ 10%.
IV. Cas de la solution tampon (rappels)
1. Définition
∙Une solution tampon est une solution aqueuse qui résiste aux variations de pH lorsqu'on lui ajoute de petites quantités d'acide ou de base.
∙Elle est généralement composée d'un mélange d'un acide faible et de sa base conjuguée (ou d'une base faible et de son acide conjugué).
2. Propriétés d'une solution tampon
a. Reˊsistance aux variations de pH
∙Les solutions tampon maintiennent un pH relativement stable malgré l'ajout de petites quantités d'acide ou de base.
∙Cela est dû à la présence simultanée d'un acide faible et de sa base conjuguée (ou d'une base faible et de son acide conjugué) qui peuvent neutraliser les ions H+ ou HO− ajoutés.
b. Capaciteˊ tampon
∙La capacité tampon d'une solution est sa capacité à résister aux variations de pH.
∙Elle dépend de la concentration des espèces tampons présentes. Plus les concentrations de l'acide et de sa base conjuguée sont élevées, plus la capacité tampon est grande.
c. pH d’une solution tampon
∙Le pH d'une solution tampon peut être calculé à l'aide de l'équation de Henderson-Hasselbalch :
pH=pKa+log([Acide]eq[Base]eq)
∙où pKa est la constante de dissociation acide de l'acide faible, [Base] est la concentration en quantité de matière (ou molaire) de la base conjuguée et [Acide] est celle de l'acide faible.
∙Une solution tampon est la plus efficace lorsque les concentrations en quantité de matière de l'acide et de sa base conjuguée sont égales, c'est-à-dire lorsque [Base]=[Acide]. Dans ce cas, le pH de la solution est égal au pKa de l'acide (puisque log(1)=0).
3. Application : étalonnage d'un pH-mètre
a. Seˊlection des solutions tampon
∙On utilise généralement deux ou trois solutions tampon de pH connu pour étalonner un pH-mètre.
∙Les valeurs de pH typiques pour ces solutions sont 4,0, 7,0 et 10,0. Ces valeurs couvrent une large gamme de pH et permettent de vérifier la linéarité de la réponse de l'électrode.
∙L'utilisation de solutions tampon pour l'étalonnage d'un pH-mètre présente plusieurs avantages :
∘ Les solutions tampon maintiennent un pH stable, ce qui permet d'effectuer des mesures précises.
∘ Les solutions tampon sont faciles à préparer et à utiliser, ce qui simplifie le processus d'étalonnage.
b. Preˊparation de l’eˊlectrode
Avant l'étalonnage, il est important de rincer l'électrode avec de l'eau distillée pour éliminer toute contamination.
c. Mode opeˊratoire de l’eˊtalonnage
∙On plonge l'électrode dans la première solution tampon (par exemple, pH=7,0). On ajuste le pH-mètre pour qu'il affiche la valeur correcte du pH de cette solution.
∙On rince l'électrode avec de l'eau distillée, puis on la plonge dans la deuxième solution tampon (par exemple, pH=4,0). On ajuste la pente (ou le facteur de température) du pH-mètre pour qu'il affiche la valeur correcte du pH de cette solution.
∙Pour une précision encore plus grande, une troisième solution tampon (par exemple, pH=10,0) peut être utilisée. Cela permet de vérifier la linéarité de la réponse de l'électrode sur une gamme plus large de pH.
∙Remarque : après l'étalonnage, il est recommandé de vérifier la précision du pH-mètre en mesurant le pH d'une solution tampon supplémentaire ou d'une solution de pH connu.
VI. Applications concrètes
1. Expériences typiques
∙ Mettre en œuvre un protocole expérimental pour montrer l'invariance du pKa d'un couple acide/base par spectrophotométrie :
∘ Mesurer l'absorbance de solutions d'un indicateur coloré à différentes concentrations et à différents pH ;
∘ Déterminer le pKa du couple acide/base à partir des mesures d'absorbance.
∙ Réaliser une extraction ou une séparation faisant intervenir une espèce acide ou basique : utiliser des techniques de séparation (comme l'extraction liquide-liquide ou la chromatographie) pour isoler des espèces acides ou basiques à partir d'un mélange.
2. Dissolution du dioxyde de carbone en solution aqueuse
∙Le dioxyde de carbone (CO2) se dissout dans l'eau pour former de l'acide carbonique (H2CO3), qui est un acide faible :
CO2+H2O⇌H2CO3
∙L'acide carbonique peut ensuite se dissocier en ions bicarbonate (HCO3−) et carbonate (CO32−) :
H2CO3+H2O⇌HCO3−+H3O+
HCO3−+H2O⇌CO32−+H3O+
∙La dissolution du CO2 dans différents milieux (eau pure, eau de mer, etc.) a des effets associés variés, notamment sur le pH et la solubilité des minéraux.
∙Ces réactions jouent un rôle important dans des domaines comme l'écologie (acidification des océans) et l'environnement (impact sur les écosystèmes aquatiques).
3. Cas de l'indicateur coloré
a. Deˊfinition
Un indicateur coloré est un couple acide/base, noté HInd/Ind−, dont les deux espèces conjuguées ont des couleurs différentes.
b. Zone de virage
∙Pour le couple HInd/Ind−, l'équation de la réaction de l'acide HInd avec l'eau est HInd(aq)+H2O=Ind(aq)−+H3O(aq)+. Ce couple HInd/Ind− est caractérisé par son pKa.
∙HInd et Ind− n'ont pas la même couleur. Ainsi, suivant le pH de la solution dans laquelle on introduit quelques gouttes de l'indicateur coloré, on voit une couleur différente :
∘ Si pH>pKa+1, Ind− prédomine : on voit la couleur de Ind− ;
∘ Si pH<pKa−1, HInd prédomine : on voit la couleur de HInd ;
∘ Si pKa−1<pH<pKa+1, [HInd]≈[Ind−] : on voit la superposition des couleurs de HInd et de Ind−. Cette zone de pH est la zone de virage de l'indicateur coloré.
∘ si pH=pKa(HInd/Ind−) alors [HInd]=[Ind−] : l'indicateur coloré a sa teinte sensible.
c. Exemples
∙Pour le bleu de bromothymol :
∙Pour la phénolphtaléïne et l'héliantine :
(d'après guy-chaumeton, pageperso-orange)
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