Après un bref rappel des notions d'énergie et de travail d'une force, cette fiche présentera les aspects énergétiques du mouvement, à savoir :
L'énergie cinétique et le théorème de l'énergie cinétique ;
Les forces conservatives et l'énergie potentielle ;
L'énergie mécanique et sa conservation dans certaines conditions ;
Les forces dissipatives et le théorème de l'énergie mécanique.
: dans ces fiches, les systèmes sont assimilés à des points matériels de masse constante.
I. Rappels primordiaux à connaître
1. Notion d'énergie
La notion d'énergie a déjà été abordée dans une fiche antérieure :
L'énergie est une grandeur physique qui exprime la capacité d'un système à produire des actions.
L'unité internationale d'énergie est le joule ().
L'une des principales lois de la physique est que l'énergie d'un système isolé se conserve : il n'est pas possible de créer ni de détruire (ou de perdre) de l'énergie, il est seulement possible de la transférer ou de la transformer (dans le respect des lois de la physique).
Au sein d'un système isolé, des transferts d'énergie peuvent se produire (mais l'énergie totale du système reste constante).
Un système non isolé peut échanger de l'énergie avec l'extérieur. Par abus de langage on dira parfois qu'un système "perd" ou "produit" de l'énergie, mais il faut bien garder à l'esprit que l'énergie est seulement transférée d'un système à un autre.
L'énergie peut prendre plusieurs formes : énergie cinétique, énergie thermique, énergie nucléaire et bien d'autres encore. La forme de l'énergie peut changer dans certaines circonstances.
Exemples :
Le corps humain échange de l'énergie thermique avec l'air ambiant.
À l'intérieur d'un calorimètre (considéré comme un système isolé), des échanges d'énergie peuvent avoir lieu entre les corps en présence, mais l'énergie totale du calorimètre et de son contenu reste constante.
Une voiture qui freine transforme de l'énergie cinétique en énergie thermique.
Lors d'une collision, l'énergie cinétique peut provoquer des dégâts en se transformant en énergie de déformation.
Dans la suite de cette fiche nous allons revenir sur les diverses formes d'énergie liées au mouvement :
L'énergie cinétique (énergie de mouvement) ;
L'énergie potentielle (énergie de position) ;
L'énergie mécanique.
2. Travail d'une force
La notion de travail d'une force est traitée dans la fiche suivante :
Le travail mécanique est une forme d'énergie liée notamment à l'action des forces.
Le travail peut se transformer en d'autres formes d'énergie, par exemple :
En énergie cinétique (lorsqu'on pousse un caddie) ;
En énergie potentielle (lorsqu'on monte des escaliers) ;
En énergie interne (lorsqu'on comprime un gaz).
3. Puissance moyenne
Définition :
La puissance moyenne est la quantité de travail effectuée par unité de temps. Elle est définie par :
où :
est la puissance en watts () ;
est le travail en joules () ;
est la durée en secondes ().
Exemple :
Un moteur fournit un travail de 500 J en 2 secondes. Sa puissance moyenne est :
II. L'énergie cinétique
1. Notion d'énergie cinétique
Définition :
L'énergie cinétique est la forme d'énergie liée au mouvement d'un système : dans le cas d'un point matériel, elle est définie par la relation :
avec :
: énergie cinétique (en ) ;
: masse du point matériel (en ) ;
: vitesse du point matériel (en ).
Remarques :
Un corps immobile n'a pas d'énergie cinétique ( si ) ;
L'énergie cinétique (comme la vitesse) est relative au référentiel d'étude ;
L'énergie cinétique est un scalaire (un nombre) positif ou nul ;
La formule est aussi valable pour un solide de masse en translation à la vitesse ;
Cette formule n'est valable que si la vitesse est négligeable devant celle de la lumière dans le vide (), ce qui est le cas sauf lors de l'étude des particules relativistes ().
Exemple :
Une balle de tennis peut être assimilée à un point matériel de environ.
Lors d'un service à (), un champion communique à la balle une énergie cinétique valant :
2. Théorème de l'énergie cinétique
Les lois du mouvement permettent de démontrer une relation très importante entre travail des forces et variation de l'énergie cinétique d'un système.
Théorème de l'énergie cinétique :
La variation d'énergie cinétique d'un point matériel entre les points et , est égale à la somme des travaux de toutes les forces appliquées au mobile sur le trajet :
avec :
: variation d'énergie cinétique (en ) ;
: masse du point matériel (en ) ;
et : vitesse du point matériel en et en (en ) ;
: somme des travaux des forces sur le trajet .
Ce théorème n'est toutefois valable que si le référentiel d'étude est galiléen.
Remarques :
Ce théorème montre que le travail des forces peut se transformer en énergie cinétique.
L'énergie cinétique ne dépend que de la valeur de la vitesse (= la norme du vecteur vitesse ). Elle ne dépend pas de la direction ni du sens de la vitesse .
Ce théorème est plus simple que la loi fondamentale de la dynamique (2e loi de Newton) : il sert à déterminer la (valeur de la) vitesse d'un système lorsque celui-ci est soumis à des forces connues.
Inversement, connaissant les vitesses en et en d'un système, on peut en déduire des informations sur les forces : ceci permet notamment d'évaluer les forces de frottement.
Le théorème peut être généralisé aux systèmes non ponctuels (les solides par exemple).
est appelé la position initiale, la position finale ; est parfois noté (pour vitesse initiale) et est parfois noté (pour vitesse finale).
3. Application : le caddie
A venir dans une fiche d'exercice
III. Forces conservatives et énergie potentielle
1. Définitions
Force conservative :
Une force est conservative lorsque le travail effectué par cette force entre deux points et ne dépend pas du trajet suivi, mais uniquement de la position de et de .
Dans le cas contraire, la force est dite non conservative.
Remarques :
On en déduit que le travail d'une force conservative est nul si le système revient à sa position initiale ().
Le terme "forces conservatives" vient du fait que de telles forces conservent (= ne modifient pas) l'énergie mécanique d'un système, comme nous allons le voir dans la suite.
Énergie potentielle liée à une force conservative :
Une force conservative peut toujours être associée à une énergie potentielle, souvent notée , qui est une forme d'énergie liée à la position relative des corps en interaction. On dit que la force dérive d'une énergie potentielle.
L'énergie potentielle est définie de façon à ce que le travail de la force conservative entre les points et , soit l'opposé de la variation d'énergie potentielle du système :
Remarque :l'intérêt de ces définitions apparaîtra plus clairement lorsque nous découvrirons l'énergie mécanique.
2. Les forces conservatives
Parmi les forces conservatives, nous pouvons citer :
Remarques :
En physique moderne, la notion d'énergie potentielle permet de modéliser un très grand nombre d'interactions, et généralise en quelque sorte la notion de force.
Toutes les forces ne sont pas conservatives : notamment les forces de frottement.
Si un système est soumis à plusieurs interactions (conservatives), il faut alors additionner les énergies potentielles correspondantes pour obtenir l' totale du système : par exemple une masse attachée au bout d'un ressort vertical est soumis à la pesanteur et à la force élastique du ressort et il faudra donc écrire :
3. Application : le poids et l'énergie potentielle de pesanteur
Tant que les déplacements se font dans une zone limitée à proximité de la surface terrestre, nous savons que le poids d'un système est constant (si sa masse ne varie pas). Comme le travail d'une force constante ne dépend pas du chemin suivi, nous en déduisons que :
Il est donc possible de lui associer une énergie potentielle dite de pesanteur, notée , et nous retrouvons un résultat déjà connu.
Définition :
L'énergie potentielle de pesanteur d'un point matériel au voisinage de la Terre est une énergie associée à l'altitude du point dans le champ de pesanteur. Elle est donnée par la relation :
avec :
: énergie potentielle de pesanteur (en ) ;
: masse du point matériel (en ) ;
: intensité de la pesanteur terrestre en ;
: altitude du point M (en ) ;
: altitude de référence (en ) où l'énergie potentielle est nulle.
:
Le choix des axes est arbitraire et ne change pas les résultats physiques ;
Dans toute cette fiche, l'axe vertical est l'axe orienté positivement VERS LE HAUT ;
Si l'axe vertical était orienté positivement VERS LE BAS, il faudrait alors écrire :
Remarques :
L' ne dépend que de l'altitude du point dans le champ de pesanteur : elle augmente avec l'altitude mais ne varie pas si le déplacement est horizontal ;
L' est déterminée par rapport à un niveau de référence , tel que . Ce niveau peut être choisi arbitrairement. On prend souvent pour simplifier, comme sur la figure ci-dessus : on dit alors que l'on prend le point comme origine de l'.
La valeur de l'énergie potentielle n'a donc pas de sens physique puisque le niveau est arbitraire : seule la variation d' a une interprétation physique (cette remarque vaut pour toutes les énergies potentielles).
On peut enfin vérifier la relation entre la variation d' et le travail du poids entre et . En effet :
et donc
IV. Énergie mécanique et systèmes conservatifs
1. Introduction
Nous allons voir dans ce paragraphe tout l'intérêt des forces conservatives et de la notion d'énergie mécanique.
Considérons un point matériel, de masse , qui est soumis :
A une force conservative dérivant de l'énergie potentielle ;
Et éventuellement à d'autres forces dont le travail est nul (par exemple la réaction normale du sol ) ;
Appliquons-lui le théorème de l'énergie cinétique entre deux points et de sa trajectoire :
ce que nous pouvons réécrire :
Nous constatons que la somme de l'énergie cinétique et de l'énergie potentielle est la même en et en , et donc en tout point de la trajectoire (puisque le calcul vaut pour n'importe quels points et ).
Ceci nous amène à introduire une nouvelle notion : l'énergie mécanique.
2. L'énergie mécanique
Définition :
L'énergie mécanique d'un point matériel en désigne la somme de son énergie cinétique et de son énergie potentielle en :
Remarque : l'expression de l'énergie potentielle dépend de la ou des interactions en jeu : la pesanteur, l'interaction électrostatique, etc.
3. Conservation de l'énergie mécanique
Propriété :
L'énergie mécanique d'un point matériel soumis uniquement à une ou plusieurs forces conservatives est constante.
On dit que l'énergie mécanique du système se conserve ou encore que le système est conservatif.
Ce résultat reste valable si le point matériel subit aussi une ou plusieurs forces dont le travail est nul quel que soit le déplacement.
4. Exemples de systèmes conservatifs
En général,
Si les frottements sont négligés (ou absents comme dans l'espace !)
Et si le système est abandonné à lui-même dans un champ de pesanteur (ou autre), c'est-à-dire que le système n'est ni poussé, ni tracté, ni propulsé (par un moteur par exemple), alors le système est conservatif.
Exemples :
Un système en chute libre (= soumis seulement à son poids), car le poids est conservatif ;
Un système soumis uniquement à son poids et à la réaction normale du support (donc pas de frottement !), comme un objet qui dévale une pente ;
Le pendule simple (sans frottement), car la tension du fil est normale à la trajectoire et donc ne travaille pas ;
Une particule chargée en mouvement dans un champ électrostatique ;
Le Soleil et son cortège de planètes (avec une très bonne approximation).
Dans un exercice, il faudra justifier que le système est conservatif en faisant le bilan des forces et en vérifiant que celles-ci sont conservatives (ou qu'elles ne travaillent pas).
5. Propriétés des systèmes conservatifs
L'énergie mécanique d'un système conservatif est constante, elle caractérise le mouvement du système et se déduit souvent des conditions initiales du mouvement (vitesse et position initiales).
L'énergie mécanique ne dépend que de la masse, de la vitesse et de la position : elle fournit donc une relation simple entre vitesse et position du point matériel, valable en tout point de la trajectoire.
Les forces conservatives peuvent uniquement transformer l'énergie potentielle en énergie cinétique et vice versa : elles ne modifient pas l'énergie totale du système. En effet, nous avons la relation :
Si un système est conservatif, l' et l' varient donc en sens inverse l'un de l'autre.
Ainsi au ski ou à vélo (sans pédalage !), si on remonte une pente, la vitesse diminue et inversement en descente la vitesse augmente, essentiellement du fait que la pesanteur provoque des transformations mutuelles d' et d' lorsque l'altitude du système varie.
V. Forces non conservatives et théorème de l'énergie mécanique
Nous venons de voir que les forces conservatives permettaient de caractériser certains systèmes par leur énergie mécanique constante.
Il reste à traiter le cas où un système subit des forces qui ne sont pas conservatives, grâce à un théorème important qui fait le lien entre forces non conservatives et variation de l'énergie mécanique d'un système.
1. Forces non conservatives / forces dissipatives
Le travail des forces non conservatives entre deux points et dépend du chemin suivi par le système de à . Il y a alors conversion du travail mécanique en une autre forme d'énergie.
Font partie des forces non conservatives :
Les forces de frottement (solide ou fluide) : le travail est converti en chaleur ;
Les forces de viscosité : le travail est converti en turbulences dans le fluide extérieur puis en chaleur ;
Les forces de déformation lors d'un choc ;
Les forces de poussée, de traction, de propulsion ;
La tension d'un fil ou d'une corde ;
Les actions de liaison (réaction du support).
Les forces dissipatives sont des forces non conservatives dont le travail est résistant (donc négatif) : nous allons voir qu'elles font diminuer l'énergie mécanique du système. Les forces de frottement sont toujours dissipatives.
2. Théorème de l'énergie mécanique
La variation d'énergie mécanique d'un point matériel entre les points et , est égale à la somme des travaux des forces non conservatives appliquées au mobile sur le trajet :
avec :
: variation d'énergie mécanique (en ) ;
: variation d'énergie cinétique (en ) ;
: variation d'énergie potentielle (en ) ;
: somme des travaux des forces non conservatives.
Ce théorème n'est toutefois valable que si le référentiel d'étude est galiléen.
: dans le terme de droite n'apparaît que la somme des travaux des forces NON conservatives. Il ne faut surtout pas ajouter le travail des forces conservatives (comme le poids) car ce travail est déjà pris en compte dans la variation d'énergie potentielle.
Ce théorème découle directement du théorème de l'énergie cinétique.
Considérons un point matériel, de masse , qui est soumis :
à une ou plusieurs forces conservatives
et à d'autres forces non conservatives
Appliquons-lui le théorème de l'énergie cinétique entre deux points et de sa trajectoire :
car, par définition de l'énergie potentielle :
Nous en déduisons le résultat :
3. Application : mouvement d'une luge avec / sans frottement
A venir dans une fiche d'exercices
VI. Le principe de conservation de l'énergie selon Richard Feynman
Extrait du cours de physique de Feynman (prix Nobel de physique), mécanique tome 1 :
« Imaginons un enfant, par exemple "Denis la terreur" qui possède des cubes absolument indestructibles, et qui ne peuvent pas être divisés en morceaux. Tous les cubes sont identiques. Supposons qu'il y ait 28 cubes. Sa mère le met dans sa chambre au début de la journée avec ses 28 cubes. À la fin de la journée, étant curieuse, elle compte les cubes avec attention et découvre une loi phénoménale - quoi qu'il fasse avec ses cubes, il en reste toujours 28 ! Ceci se répète plusieurs jours durant, jusqu'au jour où il n'y a que 27 cubes, mais un peu de recherche montre qu'il y en a un sous le tapis - elle doit regarder partout pour s'assurer que le nombre de cubes n'a pas changé. Un jour, cependant, le nombre semble changer : il n'y a que 26 cubes. Une recherche attentive montre que la fenêtre était ouverte, et en regardant dehors, elle retrouve les deux autres cubes. Un autre jour, un compte précis indiqua qu'il y en avait 30 ! Ceci la troubla au plus haut point, jusqu'au moment où elle réalisa que Bruce était passé, amenant ses cubes avec lui, et qu'il en avait laissé quelques-uns à la maison de Denis [...]
En conclusion, dans son cas, elle trouve une quantité qui doit être calculée, et qui reste toujours la même ».
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