Règle des douzièmes : calculer la marée pour le permis bateau

Sur la façade atlantique et en Manche, la mer monte et descend deux fois par jour, et l’écart de hauteur peut dépasser une dizaine de mètres dans certaines baies. Ignorer ce mouvement, c’est risquer l’échouage au retour de sortie ou le passage impossible sur un haut-fond. La marée est donc un chapitre incontournable du QCM, et la règle des douzièmes le petit calcul que tout candidat au hauturier doit maîtriser. Avant de s’entraîner au code bateau, il faut savoir lire un coefficient, comprendre le marnage et estimer la hauteur d’eau à une heure donnée. Voici la méthode, sans jargon inutile.

Sommaire
- Pourquoi la marée compte pour naviguer
- Le vocabulaire à maîtriser : marnage, coefficient, étale
- Coefficient de marée : vives-eaux et mortes-eaux
- La règle des douzièmes, pas à pas
- Un exemple chiffré complet
- Ce que l’examen attend, côtier et hauturier
- FAQ
Pourquoi la marée compte pour naviguer
La marée est le mouvement périodique de la mer, provoqué par l’attraction de la Lune et du Soleil. Sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique, on observe deux pleines mers et deux basses mers par jour : c’est le régime dit semi-diurne. En Méditerranée, le phénomène existe mais reste minime, de l’ordre de quelques dizaines de centimètres, au point d’être négligé dans la pratique.
Pour un plaisancier, la hauteur d’eau n’est pas un détail. Elle décide si l’on peut sortir du port ou franchir une passe, si l’on posera la quille sur la vase en revenant, si le mouillage prévu offrira assez de fond à marée basse. Les zones qui se découvrent créent aussi des dangers mouvants, et l’on retrouve ici la logique de la bande des 300 mètres, dont la limite recule à marée basse et remonte à marée haute.
Anticiper la marée fait partie de la préparation d’une sortie au même titre que la lecture de la météo. C’est un réflexe de sécurité, pas seulement une question d’examen.
Le vocabulaire à maîtriser : marnage, coefficient, étale
Quelques termes reviennent sans cesse, à l’examen comme sur les annuaires de marée. Les confondre coûte des points.
- Pleine mer (PM) et basse mer (BM) : les deux extrêmes du cycle, quand l’eau atteint son plus haut et son plus bas niveau.
- Marnage : la différence de hauteur entre la pleine mer et la basse mer. C’est l’amplitude de la marée, exprimée en mètres.
- Étale : le moment de calme, à la pleine mer comme à la basse mer, où le niveau ne bouge presque plus et le courant s’annule brièvement.
- Coefficient de marée : un nombre sans unité qui mesure l’importance de la marée du jour, indépendamment du lieu.
- Zéro des cartes : le niveau de référence des cartes marines, calé sur les plus basses mers théoriques. Les sondes portées sur la carte partent de ce zéro.
Retenir la distinction entre marnage et coefficient est essentiel : le coefficient est le même partout en France à un instant donné, alors que le marnage, lui, dépend du lieu. Un coefficient de 95 ne produit pas la même amplitude à Saint-Malo, réputée pour ses grandes marées, qu’à Arcachon.
Coefficient de marée : vives-eaux et mortes-eaux
Le coefficient de marée s’échelonne de 20 à 120. Il est publié par le SHOM, le service hydrographique officiel, et repris par tous les annuaires. Sa lecture est simple une fois le repère de 70 en tête.
| Coefficient | Type de marée | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| 20 à 45 | Morte-eau marquée | Faible marnage, la mer bouge peu ; risque d’échouage moindre mais moins de fond disponible en haut de marée. |
| 45 à 70 | Morte-eau à moyenne | Amplitude modérée ; 70 correspond à une marée moyenne, la référence de bascule. |
| 70 à 95 | Vive-eau | Marnage important, courants plus forts, la mer descend et monte vite. |
| 95 à 120 | Grande vive-eau | Marnage maximal, courants soutenus ; 120 reste exceptionnel, réservé aux équinoxes. |
Le principe à ancrer : sous 70, on parle de morte-eau ; au-dessus, de vive-eau. Plus le coefficient est élevé, plus le marnage est grand, plus les courants de marée sont vigoureux. Un fort coefficient offre plus d’eau à pleine mer, mais découvre aussi davantage à basse mer, et il faut compter avec un courant qui peut contrarier la route.
La règle des douzièmes, pas à pas
Entre une basse mer et la pleine mer suivante, il s’écoule environ six heures (6 h 12 en moyenne pour un cycle semi-diurne). La mer ne monte pas de façon régulière : elle démarre lentement, accélère au milieu, puis ralentit avant l’étale. La règle des douzièmes traduit ce rythme en fractions simples du marnage.
On découpe le marnage en douze parts égales, puis on les répartit heure par heure :
| Heure de marée | Fraction du marnage | Progression |
|---|---|---|
| 1re heure | 1/12 | La mer monte doucement |
| 2e heure | 2/12 | Elle accélère |
| 3e heure | 3/12 | Montée la plus rapide |
| 4e heure | 3/12 | Toujours rapide |
| 5e heure | 2/12 | La montée ralentit |
| 6e heure | 1/12 | Approche de l’étale |
La séquence à mémoriser est donc 1, 2, 3, 3, 2, 1, dont la somme fait bien douze douzièmes, soit la totalité du marnage. Le même découpage vaut pour la marée descendante, dans l’ordre inverse. On voit tout de suite que la moitié du marnage se joue entre la troisième et la quatrième heure : c’est le moment où l’eau bouge le plus vite, et où une hauteur peut passer sous une quille en peu de temps.
Un exemple chiffré complet
Prenons une basse mer à 8 h avec une hauteur d’eau de 2 mètres, et une pleine mer à 14 h à 8 mètres. Le marnage vaut 8 moins 2, soit 6 mètres. Un douzième représente donc 6 divisé par 12, c’est-à-dire 0,50 mètre.
La hauteur d’eau se reconstitue en ajoutant, heure après heure, la fraction correspondante :
- À 9 h (1re heure, 1/12) : on ajoute 0,50 m, hauteur 2,50 m.
- À 10 h (2e heure, 2/12) : on ajoute 1,00 m, hauteur 3,50 m.
- À 11 h (3e heure, 3/12) : on ajoute 1,50 m, hauteur 5,00 m.
- À 12 h (4e heure, 3/12) : on ajoute 1,50 m, hauteur 6,50 m.
- À 13 h (5e heure, 2/12) : on ajoute 1,00 m, hauteur 7,50 m.
- À 14 h (6e heure, 1/12) : on ajoute 0,50 m, hauteur 8,00 m, la pleine mer.
À 11 h, on dispose donc de 5 mètres d’eau. Si la passe à franchir exige 4,50 mètres pour le tirant d’eau du bateau et une marge de sécurité, le créneau est ouvert dès la troisième heure de montée. Ce raisonnement, décisif pour éviter de talonner, est exactement ce que le calcul de marée permet d’anticiper avant d’organiser une sortie en mer.
Ce que l’examen attend, côtier et hauturier
Les attentes diffèrent selon l’option. Pour le permis côtier, on ne demande pas de calcul complet : il faut comprendre le vocabulaire et le raisonnement. Savoir ce qu’est un coefficient, distinguer vive-eau et morte-eau, expliquer le marnage, mesurer l’effet de la marée sur la profondeur disponible et sur la bande des 300 mètres suffit généralement à répondre aux questions du QCM.
Pour le permis hauturier, l’exigence monte d’un cran. Le candidat manipule la carte marine du SHOM et l’annuaire de marée, et applique la règle des douzièmes pour déterminer une hauteur d’eau à une heure précise, ou l’heure à laquelle une hauteur donnée sera atteinte. C’est un point récurrent de l’épreuve, détaillé dans notre article sur l’extension hauturière du permis. Le tableau de la marée n’est plus une culture générale, mais un outil de navigation.
Dans les deux cas, l’erreur classique consiste à confondre coefficient et marnage, ou à croire que la mer monte régulièrement. Garder en tête la séquence 1, 2, 3, 3, 2, 1 et le seuil de 70 évite la majorité des pièges. Pour ancrer ces réflexes avant le jour J, rien ne remplace un examen blanc du code bateau en conditions réelles.
FAQ
C’est un nombre sans unité, compris entre 20 et 120, qui mesure l’importance de la marée du jour. Il est publié par le SHOM et vaut pour toute la France à un instant donné. En dessous de 70, on parle de morte-eau ; au-dessus, de vive-eau. Plus il est élevé, plus le marnage et les courants sont importants.
Le coefficient est national et sans unité : il indique la force de la marée partout en France en même temps. Le marnage est local et se mesure en mètres : c’est l’écart réel de hauteur entre la pleine mer et la basse mer à un endroit précis. Un même coefficient donne un grand marnage à Saint-Malo et un marnage modeste à Arcachon.
Elle répartit le marnage sur les six heures de marée selon la séquence 1, 2, 3, 3, 2, 1 douzièmes. La mer monte peu la première heure, beaucoup en milieu de cycle, puis ralentit avant l’étale. En additionnant les fractions à la hauteur de départ, on estime la hauteur d’eau à n’importe quelle heure.
Au côtier, on attend surtout la compréhension des notions : coefficient, marnage, vive-eau, morte-eau et effet de la marée sur la hauteur d’eau. Le calcul complet par la règle des douzièmes est en revanche un exercice attendu au permis hauturier, sur carte et annuaire du SHOM.
Oui, mais elles sont très faibles, de l’ordre de quelques dizaines de centimètres, et sont négligées en pratique. Le calcul de marée concerne surtout les côtes de la Manche et de l’Atlantique, où le marnage peut dépasser plusieurs mètres et atteindre des valeurs importantes en grande vive-eau.
Sources
- Ministère chargé de la Mer : « Le permis plaisance, permis de conduire les bateaux de plaisance à moteur » (options côtière et hauturière, programme des épreuves).
- Service-public.fr : réglementation de la navigation de plaisance et du permis plaisance.
- SHOM (Service hydrographique et océanographique de la Marine) : échelle du coefficient de marée (20 à 120), annuaires et prédictions de marée, zéro des cartes.
- Météo-France, Guide marine : conditions de mer, seuils et bulletins.