VHF et permis bateau : faut-il le CRR pour une radio à bord ?

La question revient à chaque équipement de bateau : pour poser une VHF à bord, faut-il d’abord passer le CRR, ce fameux certificat de radiotéléphoniste, ou le permis bateau suffit-il ? La réponse tient en une distinction que beaucoup de plaisanciers ignorent, et qui peut coûter une contravention : tout dépend de la zone où vous naviguez et du type de radio. Avant de s’entraîner au code bateau, voici ce que la réglementation autorise vraiment, canal par canal.

Sommaire
- À quoi sert vraiment la VHF, et pourquoi elle est indispensable
- Dans les eaux françaises : le permis plaisance suffit
- Quand le CRR redevient obligatoire
- Licence, MMSI et ASN : les formalités auprès de l’ANFR
- Le canal 16 et les bons réflexes en cas de détresse
- Ce qu’il faut retenir avant d’embarquer
- FAQ
À quoi sert vraiment la VHF, et pourquoi elle est indispensable
La VHF, pour « very high frequency », est l’émetteur-récepteur radio du service mobile maritime. C’est l’outil qui permet d’appeler les secours, d’écouter ce qui se passe autour de soi et de porter assistance à un autre navire. Contrairement au téléphone portable, elle ne dépend pas de la couverture réseau, elle peut être entendue par tous les bateaux à portée et par les centres de secours, et une VHF de détresse peut être localisée. Le ministère chargé de la mer la présente sans détour comme un élément essentiel de sécurité, à embarquer quel que soit le type de navigation.
Deux formats coexistent. La VHF fixe, installée à poste et reliée à une antenne haute, porte de l’ordre de 20 à 25 milles. La VHF portable, plus modeste, porte plutôt 3 à 5 milles mais tient dans une poche et sert de secours. À cela s’ajoute une fonction déterminante pour la réglementation : l’ASN, l’appel sélectif numérique, qui permet d’émettre une alerte automatique transmettant votre identité et, si la radio est couplée au GPS, votre position.
C’est précisément cette fonction ASN, et la puissance de l’appareil, qui décident du niveau de qualification exigé. Savoir manier une VHF fait d’ailleurs partie des gestes qu’on révise pour le titre, au même titre que gérer une situation d’urgence en mer.
Dans les eaux françaises : le permis plaisance suffit
Voici le point que la rumeur brouille le plus souvent. Dans les eaux territoriales maritimes et les eaux intérieures françaises, le titulaire du permis plaisance peut utiliser une VHF, fixe ou portable, avec ou sans ASN, sans avoir à passer d’examen supplémentaire. La formation et l’examen du permis intègrent déjà les connaissances théoriques et pratiques nécessaires à l’usage de la radio ; l’épreuve théorique de 30 questions comporte d’ailleurs des questions sur la VHF.
Autrement dit, si vous avez votre option côtière ou votre option eaux intérieures, vous êtes couvert pour la radio dans les eaux françaises. C’est écrit noir sur blanc par le ministère chargé de la mer : le permis « permet l’utilisation de la radio VHF dans les eaux territoriales françaises ».
Un cas particulier échappe même à toute qualification : la VHF portative sans ASN d’une puissance maximale de 6 watts. Pour ce petit appareil, dans les eaux françaises, aucune qualification n’est exigée, ni permis ni CRR. C’est la radio de dépannage que l’on peut glisser à bord d’une annexe ou d’un petit bateau non soumis à permis.
Attention toutefois à une limite propre à la voie d’eau intérieure : sur les fleuves, canaux et rivières français, l’usage de l’ASN est interdit. La fonction d’appel sélectif numérique reste réservée à la mer.
Quand le CRR redevient obligatoire
La donne change dès que l’on quitte les eaux territoriales françaises. Dans les eaux internationales, et lors d’une navigation à l’étranger, il faut être titulaire du certificat restreint de radiotéléphoniste (CRR) pour utiliser une VHF, quel que soit le type d’appareil. Le permis plaisance ne suffit plus : sa reconnaissance de la compétence radio s’arrête aux frontières maritimes françaises.
Le CRR est un examen qui valide des connaissances de radiotéléphonie, distinct du permis. Il s’adresse à deux publics : les plaisanciers qui naviguent hors des eaux françaises, et les personnes qui veulent utiliser une VHF sans être titulaires du permis plaisance. Sa base réglementaire est l’arrêté du 18 mai 2005, modifié en 2011, relatif aux certificats restreints de radiotéléphoniste des services mobiles maritime et fluvial.
Cette logique de frontière recoupe une autre question fréquente en été, celle de la validité du titre au-delà de nos côtes. Nous l’avons traitée en détail dans notre article sur le permis bateau à l’étranger : comme pour la radio, ce qui vaut dans les eaux françaises ne se transpose pas automatiquement ailleurs.
Licence, MMSI et ASN : les formalités auprès de l’ANFR
Détenir le droit d’utiliser une VHF est une chose ; avoir le droit d’exploiter les fréquences en est une autre. Ces deux niveaux se confondent souvent dans l’esprit des plaisanciers, alors qu’ils répondent à deux formalités distinctes.
La licence est l’autorisation d’exploiter les fréquences maritimes. C’est elle qui dote le bateau d’un identifiant unique et permet aux centres de coordination des secours de savoir, lors d’un appel de détresse, quels moyens engager. Elle s’obtient gratuitement auprès de l’Agence nationale des fréquences (ANFR) en remplissant le formulaire de demande, et doit être conservée à bord, car les autorités peuvent la réclamer, en France comme à l’étranger.
Le MMSI (Maritime Mobile Service Identity) est la série de neuf chiffres attribuée par l’ANFR : c’est le passeport radio du navire dans le monde entier. Il sert à enregistrer les équipements ASN, les balises de détresse et les émetteurs AIS. Point important pour qui installe une VHF ASN : l’encodage du MMSI et le couplage au GPS sont obligatoires dès lors que le navire en est équipé. Une VHF ASN non initialisée n’enverra pas votre identité ni votre position en cas d’alerte, ce qui lui fait perdre tout son intérêt.
Le canal 16 et les bons réflexes en cas de détresse
Une fois la radio en règle, encore faut-il savoir s’en servir sans encombrer les ondes. Le canal 16 (fréquence 156,8 MHz) est le canal d’appel et de détresse : on l’utilise pour lancer une alerte et établir un premier contact, puis on bascule aussitôt sur un autre canal pour dialoguer, afin de le laisser libre. Les fréquences 6, 8, 72 et 77 sont destinées aux communications de navire à navire.
Le chef de bord a une responsabilité concrète avant d’appareiller : expliquer à chaque équipier le fonctionnement de la VHF, pour que n’importe qui à bord puisse alerter les secours sur le canal 16 en cas de difficulté. Une bonne communication radio suppose aussi de connaître l’épellation normalisée, celle que nous détaillons dans notre article sur l’alphabet phonétique international appliqué au code bateau : « Mike », « Alpha », « Yankee » plutôt que des lettres qui se ressemblent une fois brouillées par le vent.
Ce qu’il faut retenir avant d’embarquer
La VHF n’est pas un gadget d’électronicien : c’est, avec les équipements de sécurité obligatoires à bord, l’un des maillons de la chaîne de secours. Elle est d’ailleurs obligatoire en version fixe pour la navigation semi-hauturière, entre 6 et 60 milles d’un abri, depuis le 1er janvier 2017.
Pour la qualification, la ligne de partage est nette. En eaux françaises, votre permis plaisance couvre l’usage de la radio ; seule une petite portative sans ASN de 6 watts échappe à toute exigence. Dès que vous franchissez les eaux territoriales, ou si vous n’avez pas le permis, le CRR devient la clé. Le reste relève des formalités gratuites auprès de l’ANFR, licence et MMSI, à ne pas négliger pour qu’une VHF ASN remplisse vraiment son rôle.
Le meilleur moyen de vérifier que ces réflexes sont acquis avant une sortie, c’est de se tester en conditions d’examen. Un examen blanc du code bateau permet de contrôler que le thème sécurité et sauvetage, VHF comprise, est bien maîtrisé.
FAQ
Non, pas dans les eaux territoriales françaises. Le titulaire du permis plaisance peut y utiliser une VHF, fixe ou portable, avec ou sans ASN, sans examen supplémentaire : la formation radio est intégrée au permis. Le CRR ne devient obligatoire que pour naviguer dans les eaux internationales ou pour les personnes non titulaires du permis.
Oui, dans un cas précis : une VHF portative sans ASN d’une puissance maximale de 6 watts ne demande aucune qualification dans les eaux françaises. Pour tout autre appareil (VHF fixe, VHF ASN, ou puissance supérieure à 6 watts), il faut le permis plaisance ou le CRR.
Non. La reconnaissance de la compétence radio par le permis plaisance s’arrête aux eaux territoriales françaises. Dans les eaux internationales et à l’étranger, il faut être titulaire du CRR, quel que soit le type de VHF utilisé.
Le MMSI est un numéro de neuf chiffres qui identifie le navire pour les communications ASN et les balises de détresse. Il est attribué gratuitement par l’Agence nationale des fréquences (ANFR), en même temps que la licence d’utilisation des fréquences. Son encodage et son couplage au GPS sont obligatoires dès que le bateau est équipé d’une VHF ASN.
Le canal 16 (156,8 MHz) est le canal international d’appel et de détresse. On l’utilise pour lancer une alerte et établir le premier contact, avant de basculer sur un autre canal pour dialoguer et le laisser libre. Sans VHF, on peut joindre le CROSS en composant le 196 depuis un téléphone.
Sources
- Ministère chargé de la Mer (mer.gouv.fr) : page « Le permis plaisance », qui précise que le permis permet l’utilisation de la radio VHF dans les eaux territoriales françaises et que la VHF fixe est obligatoire en semi-hauturier depuis le 1er janvier 2017.
- Ministère chargé de la Mer (DGAMPA/DICOM) : fiche « La VHF : modalités et conditions d’utilisation », mars 2025 (conditions par zone et type de VHF, seuil des 6 W sans ASN, CRR en eaux internationales, licence et MMSI, ASN interdit en eaux intérieures, canal 16 et 196).
- Légifrance : arrêté du 18 mai 2005 relatif aux certificats restreints de radiotéléphoniste des services mobiles maritime et fluvial, modifié par l’arrêté du 22 février 2011 (base réglementaire du CRR).
- Service-public.fr : permis plaisance, options côtière et eaux intérieures, prérogatives.