Feux de navigation d’un bateau : les reconnaître de nuit sans hésiter

La nuit, un bateau disparaît. Il ne reste que des points lumineux, et c’est à eux qu’il faut lire son type, son cap et ce qu’il est en train de faire. Un feu rouge sur la gauche, un feu vert sur la droite, un feu blanc au-dessus : ces trois indices suffisent souvent à savoir si l’on croise un navire de face ou si on le rattrape. C’est un chapitre que beaucoup de candidats redoutent, alors qu’il repose sur une poignée de règles fixes. Autant en faire un réflexe avant de préparer le permis bateau en ligne. Voici comment décoder les feux d’un navire et les signaux sonores, avec les couleurs, les secteurs de visibilité, les portées et les rythmes exacts.

Sommaire
- À quoi servent les feux de navigation
- Les trois feux d’un navire à moteur en route
- Les allègements pour les bateaux de plaisance
- Le feu de mouillage et les cas particuliers
- Reconnaître une situation : face, croisement, rattrapage
- Les signaux sonores : manœuvre et brume
- FAQ
À quoi servent les feux de navigation
Les feux de navigation sont les lumières réglementaires qu’un bateau doit montrer entre le coucher et le lever du soleil, ainsi que de jour par visibilité réduite. Leur rôle est double : signaler sa présence et renseigner les autres navires sur son gabarit, son cap et son activité.
Tout est codé par trois paramètres : la couleur du feu, le secteur dans lequel il est visible, et sa portée en milles. Un feu ne s’allume pas tout autour du bateau au hasard. Chaque feu couvre un angle précis de l’horizon, si bien que les feux visibles depuis votre position trahissent l’orientation du navire d’en face.
Ces règles ne sont pas propres à la France. Elles viennent du RIPAM, le Règlement international pour prévenir les abordages en mer (COLREG en anglais), appliqué partout dans le monde. C’est ce qui permet à un plaisancier français et à un cargo étranger de se comprendre de nuit sans échanger un mot.
Les trois feux d’un navire à moteur en route
Un navire à moteur qui fait route montre en principe trois types de feux. C’est la configuration de référence, celle à connaître avant tous les cas particuliers.
- Les feux de côté. Un feu rouge à bâbord (la gauche du bateau) et un feu vert à tribord (la droite). Chacun est visible sur un secteur de 112,5°, orienté vers l’avant. C’est le couple de feux le plus utile : voir du rouge ou du vert indique déjà de quel bord on aborde le navire.
- Le feu de tête de mât. Un feu blanc placé en hauteur, visible vers l’avant sur 225°, soit l’addition des deux secteurs de côté. Il domine les feux colorés et se repère de loin.
- Le feu de poupe. Un feu blanc à l’arrière, visible sur 135° vers l’arrière. Les 225° de la tête de mât et les 135° de la poupe couvrent ensemble les 360° de l’horizon : un navire est donc toujours visible, quel que soit l’angle sous lequel on l’observe.
Les portées suivent la taille du navire. Pour un bateau de moins de 12 mètres, le cas le plus courant en plaisance, comptez environ 2 milles pour le feu de tête de mât, 2 milles pour le feu de poupe et 1 mille pour les feux de côté. Un feu coloré se voit donc moins loin qu’un feu blanc : c’est normal, et cela explique qu’on aperçoive souvent la lumière blanche d’un bateau avant de distinguer sa couleur.
La logique des secteurs est ce qui rend la lecture possible. Si vous voyez à la fois le feu rouge et le feu vert d’un navire, c’est que vous êtes dans son secteur avant : il vient vers vous. Si vous ne voyez qu’un feu blanc, sans couleur, vous êtes probablement derrière lui.
Les allègements pour les bateaux de plaisance
Le RIPAM prévoit des configurations simplifiées pour les petites unités, celles que l’on croise le plus souvent en plaisance. Elles reviennent régulièrement à l’examen, car elles peuvent prêter à confusion.
Le bateau à moteur de moins de 12 mètres
Il peut regrouper le feu de tête de mât et le feu de poupe en un seul feu blanc visible sur tout l’horizon (360°), complété par les deux feux de côté rouge et vert. Résultat : de face, on voit toujours du rouge, du vert et du blanc ; de l’arrière, on ne voit que le feu blanc tout-horizon.
Le bateau à moteur de moins de 7 mètres
Si sa vitesse ne dépasse pas 7 nœuds, il peut se contenter d’un feu blanc visible sur tout l’horizon, et montrer si possible des feux de côté. C’est la configuration minimale : une simple lumière blanche, qu’il faut savoir interpréter avec prudence puisqu’elle donne peu d’informations sur le cap.
Le voilier en route
Un voilier qui avance à la voile seule ne montre pas de feu de tête de mât blanc, réservé à la propulsion mécanique. Il porte ses feux de côté et son feu de poupe. Les petits voiliers de moins de 20 mètres peuvent réunir ces feux dans un feu tricolore unique en tête de mât. Point à retenir : dès qu’un voilier utilise son moteur, il redevient un navire à moteur et doit en montrer les feux.
Le feu de mouillage et les cas particuliers
Un navire n’est pas toujours en route. Arrêté et ancré, il doit rester visible, et son feu change.
Le navire au mouillage montre un feu blanc visible sur tout l’horizon (360°), placé à l’avant ou en tête de mât. Aucune couleur, aucun mouvement apparent : c’est justement l’absence de feux de côté qui signale qu’il est immobile et qu’il faut le contourner largement.
D’autres feux signalent une activité particulière et priment sur la simple lecture moteur. Un navire en train de pêcher, un navire non maître de sa manœuvre ou à capacité de manœuvre restreinte porte des feux supplémentaires (souvent rouges) qui annoncent qu’il ne peut pas s’écarter facilement. Sans en mémoriser tous les détails pour le permis côtier, il faut retenir le principe : des feux inhabituels imposent la prudence et, le plus souvent, de céder le passage.
Ces feux se relient au reste du programme. Savoir qu’un navire vient de face ne sert à rien si l’on ignore qui doit manœuvrer : c’est là qu’interviennent les règles de priorité en navigation. De même, l’obligation de montrer ses feux dépend de la zone et des conditions, un point traité avec les règles de navigation selon les zones maritimes.
Reconnaître une situation : face, croisement, rattrapage
L’intérêt des secteurs, c’est qu’ils transforment quelques lumières en une situation claire. Voici les trois cas que l’examen fait revenir le plus souvent.
| Ce que vous voyez | Situation | Ce que ça implique |
|---|---|---|
| Feu rouge et feu vert, avec un ou deux feux blancs au-dessus | Le navire vient de face | Route directement opposée : chacun vient sur sa droite (tribord) |
| Un seul feu de côté (rouge ou vert) + un feu blanc | Croisement | Voir du vert (sa tribord) est plutôt favorable ; voir du rouge (sa bâbord) impose souvent de céder le passage |
| Un seul feu blanc, sans couleur | Vous rattrapez le navire par l’arrière | Le rattrapant s’écarte toujours du rattrapé |
Une astuce de couleur aide à mémoriser le croisement : le rouge évoque l’arrêt, le vert le passage. Voir le feu rouge d’un autre bateau, c’est souvent devoir lui laisser la route. Cette astuce ne remplace pas les règles de barre, mais elle guide le premier réflexe, celui que l’on doit avoir en une fraction de seconde à l’examen comme en mer.
La reconnaissance de nuit se travaille par la répétition. Enchaîner des questions illustrées, puis se placer en conditions d’examen, est le meilleur moyen d’automatiser la lecture. Un passage en examen blanc du code bateau permet de vérifier que les feux de nuit ne posent plus de difficulté avant la saison.
Les signaux sonores : manœuvre et brume
La nuit et le brouillard ne se lisent pas seulement à l’œil. Le RIPAM prévoit un langage sonore, émis au sifflet ou à la corne de brume, que le permis côtier attend au programme. Il faut distinguer deux familles.
Les signaux de manœuvre (navires en vue l’un de l’autre)
Ils s’utilisent de jour comme de nuit, quand deux navires se voient, pour annoncer un changement de cap. Ils ne concernent que la propulsion mécanique.
- 1 son bref : « je viens sur tribord » (je tourne à droite).
- 2 sons brefs : « je viens sur bâbord » (je tourne à gauche).
- 3 sons brefs : « je bats en arrière » (mes machines fonctionnent en marche arrière).
- 5 sons brefs au moins : « je ne comprends pas vos intentions » ou « attention, danger ». C’est le signal du doute, à connaître absolument.
Pour un dépassement dans un chenal étroit, deux signaux longs suivis d’un bref annoncent l’intention de doubler par tribord du navire rattrapé ; deux longs suivis de deux brefs, par bâbord.
Les signaux de brume (visibilité réduite)
Par brouillard, on ne se voit plus : les signaux ne servent plus à annoncer une manœuvre, mais à signaler sa présence, à intervalles réguliers.
- Navire à moteur faisant route : 1 son prolongé, au maximum toutes les 2 minutes.
- Navire à moteur qui a stoppé son erre (arrêté mais pas au mouillage) : 2 sons prolongés rapprochés, au maximum toutes les 2 minutes.
- Navire au mouillage : une volée de cloche d’environ 5 secondes, au maximum toutes les minutes.
Un repère utile : un son bref dure environ une seconde, un son prolongé de quatre à six secondes. Les signaux brefs annoncent une manœuvre entre navires qui se voient ; les signaux prolongés signalent une présence dans la brume. Ne pas les confondre est souvent ce qui départage deux réponses à l’examen.
FAQ
Un navire à moteur en route montre un feu de côté rouge à bâbord et vert à tribord (chacun visible sur 112,5° vers l’avant), un feu de tête de mât blanc visible sur 225° vers l’avant, et un feu de poupe blanc visible sur 135° vers l’arrière. Un bateau de moins de 12 mètres peut remplacer la tête de mât et la poupe par un seul feu blanc visible sur tout l’horizon.
Si vous voyez à la fois son feu rouge et son feu vert, vous êtes dans son secteur avant : il vient vers vous. Si vous ne distinguez qu’un seul feu coloré, c’est un croisement de côté. Si vous ne voyez qu’un feu blanc sans couleur, vous le rattrapez par l’arrière.
Bâbord est le côté gauche du bateau : son feu réglementaire y est rouge, visible sur 112,5° vers l’avant. Voir le feu rouge d’un autre navire signifie que vous apercevez son côté gauche, ce qui, dans une situation de croisement, impose souvent de lui céder le passage.
Entre navires qui se voient : 1 son bref signifie « je viens sur tribord », 2 sons brefs « je viens sur bâbord », 3 sons brefs « je bats en arrière » et au moins 5 sons brefs « j’ignore vos intentions, danger ». Par visibilité réduite, un navire à moteur faisant route émet 1 son prolongé toutes les 2 minutes au maximum.
Un navire au mouillage montre un feu blanc visible sur tout l’horizon (360°), placé à l’avant ou en tête de mât. L’absence de feux de côté rouge et vert indique qu’il est immobile et qu’il faut le contourner largement.
Sources
- Légifrance : RIPAM, Règlement international de 1972 pour prévenir les abordages en mer (Convention COLREG), publié par le décret n° 77-733 du 6 juillet 1977 ; règles sur les feux et marques (partie C) et les signaux sonores (partie D). Vérifier l’URL de la version en vigueur avant publication ; Légifrance fait foi.
- Ministère chargé de la Mer : « Le permis plaisance, permis de conduire les bateaux de plaisance à moteur ».
- Division 240 (arrêté relatif à la sécurité des navires de plaisance) : matériel d’armement et de sécurité, dont le moyen de signalisation sonore.
- bateaux.com, Nootica, APRIL Marine, cartebateau : fiches pédagogiques sur les feux de navigation et les signaux sonores pour le permis côtier.