Entrainement guidé

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La présentation de la candidate

L’EXPOSÉ

Bonjour, je m’appelle Élisabeth D. J’occupe le poste de directrice adjointe de la commande publique au sein d’un département francilien. Je vais revenir sur les temps forts de ma carrière professionnelle.

Juriste de formation, c’est au sein d’un cabinet d’avocats que j’ai débuté ma carrière en 1999, je gérais les contentieux droit public. En 2003, j’ai poursuivi mes fonctions de juriste dans une collectivité territoriale, un département. Ce conseil départemental, qui rassemble plus de 4 000 agents, m’a donné l’occasion de mieux appréhender le service public de proximité.

À partir de 2004 et pendant 5 ans, en tant que sous-directrice adjointe de la commande publique dans ce même département, j’ai participé à la conduite et à la coordination des procédures de passation des marchés publics de la collectivité, avec une équipe de neuf collaborateurs dont cinq rédacteurs et quatre adjoints administratifs. Management d’équipe, développement de la culture commande publique par la création de guides internes, mise en place d’un logiciel de gestion des marchés à destination de 500 utilisateurs ont été les actions marquantes de cette période riche et motivante. En outre, en 5 ans, nous sommes passés de 80 marchés par an à plus de 200.

Depuis 2009, j’ai pu élargir mes activités lorsque la sous-direction est devenue une direction à part entière et a vu le champ de ses missions augmenter. L’objectif principal de cette réorganisation était de renforcer le rôle stratégique de la direction, pour une plus grande sécurité juridique. Aujourd’hui, nous traitons tous les marchés du département avec les directions opérationnelles. Ce qui représente environ 200 marchés par an, pour un volume financier de 68 millions d’euros. La richesse de mes missions actuelles est multiple, en particulier sur deux volets : le volet managérial et le volet juridique.

Tout d’abord, sur le plan du management de projet, je participe à la définition des modalités d’organisation de la commande publique. Je suis donc amenée à piloter des projets structurants liés à l’achat public. La priorité est de rendre notre commande publique plus durable et responsable par des actions comme la mise en place de la dématérialisation, mais aussi l’utilisation de clauses sociales et environnementales.

À titre d’exemple, j’ai été amenée à piloter la mise en place d’une nouvelle politique d’achat qui vise à réserver davantage de marchés à des structures employant majoritairement des personnes handicapées. Avec deux enjeux forts : favoriser l’emploi des personnes handicapées, un enjeu de développement durable ; contribuer au respect de l’obligation des travailleurs en situation de handicap du département.

En tant que chef de projet, j’ai animé un groupe de travail transversal, composé de juristes de la direction des ressources humaines et des directions opérationnelles, afin d’élaborer des propositions d’amélioration, dans le cadre des contraintes juridiques existantes. Ces propositions ont été adoptées par l’assemblée délibérante et un comité de suivi les met en œuvre et les évalue, au fil de l’eau.

Ensuite, sur le plan juridique, la direction de la commande publique est garante de la légalité des procédures. J’ai donc pour mission de concilier l’efficacité et la sécurité juridique des marchés passés par la collectivité. Avant tout passage devant les instances, telles que la commission d’appel d’offres, les rapports d’analyse produits par toutes les directions sont examinés avec attention. En binôme avec mon directeur, nous supervisons à tour de rôle les instances (CAO, jurys de concours).

Je suis aussi amenée à rédiger des notes juridiques d’aide à la décision. J’assure également des sessions de formation interne d’initiation à l’actualité de la commande publique sur des thématiques générales, pour présenter la doctrine départementale et développer la culture de la commande publique durable au sein du département.

Pour conclure, l’examen professionnel représente pour moi une possibilité de promotion professionnelle. Cet examen constitue également une opportunité de changement de fonction, vers un poste élargi de directrice d’un pôle juridique/contentieux.

ÉVALUATION DE L’EXPOSÉ

L’exposé est structuré et permet d’ouvrir sur le champ de la commande publique mais aussi sur les capacités managériales, notamment de projet.

Le management direct devrait davantage être présenté, c’est le point faible de l’exposé. Le jury va certainement poser des questions à la candidate, pour vérifier cette aptitude.

Cet exposé démontre une progression professionnelle. Il présente les compétences acquises et les met en valeur. Il est fluide et convaincant, il est possible de repérer le poste actuel et le projet professionnel.

La candidate se positionne en tant que cadre A, elle affirme des connaissances et des capacités à proposer des améliorations de ses missions et du service public. Elle propose un projet professionnel.

La partie entretien avec le jury

L’ENTRETIEN

L’entretien est lancé dès la fin de votre exposé ou dès le début pour le concours externe. Les 3 membres du jury interrogent sur l’exposé, le management, la culture territoriale.

Jury 1 : Vous avez débuté votre carrière dans le privé et vous travaillez désormais au sein d’une collectivité territoriale. Quelle différence faites-vous ?

La candidate : Mon expérience d’avocate m’a permis de perfectionner mes compétences d’analyse juridique. Les collectivités territoriales, en raison de la complexité croissante du droit, ont développé des politiques de prévention des contentieux. J’ai transféré mon expertise dans le service public.

Jury 2 : Quels contentieux marchés publics avez-vous gérés ?

La candidate : La politique de prévention a donné des résultats, tout comme la démarche d’acculturation des agents publics. Les guides internes distribués ont été utiles. Le nombre de contentieux a diminué.

Jury 3 : Pensez-vous que le département est un niveau de proximité ?

La candidate : Les lois Maptam de 2014 et NOTRe de 2015 font du département le chef de file de l’action sociale. L’organisation départementale territorialisée, liée à la circonscription électorale cantonale, permet vraiment d’agir au plus proche des citoyens en difficultés sociales. Mais, la commune, qui gère l’urbanisme avec les intercommunalités, demeure le niveau de proximité pour le quotidien du citoyen, en termes de mobilité, d’éducation et pour la vie civique.

Jury 3 : Vous faites surtout du management de projet ?

La candidate : Le management de projet s’additionne à la gestion d’un service composé d’agents de catégorie B et C. Je mène de front ces deux missions complémentaires.

Jury 1 : Vous devez motiver votre équipe pour mettre en œuvre une décision avec laquelle vous n’êtes pas d’accord. Votre équipe vous connaît bien et sait que vous ne souhaitez pas l’appliquer. Comment la motivez-vous ?

La candidate : Je suis assujettie à l’obligation de réserve, je n’ai pas à donner mon opinion sur les décisions prises par la collectivité. Je fais le point avec eux, en mettant en avant, comme pour les autres projets, les avantages de la mesure prise. Je prépare un calendrier de mise en place, en intégrant l’évaluation.

Jury 3 : Vous avez eu connaissance qu’une de vos agents a publié sur sa page personnelle Facebook des photos d’elle à son poste de travail, avec le logo de la ville en arrière-plan : que faites-vous ?

Il s’agit d’une question piège : veillez à adopter un positionnement de cadre supérieur, à objectiver la question.

La candidate : Facebook est un réseau social qui s’apparente à une publication écrite, en termes de déontologie. J’objective la situation : c’est une page personnelle et non professionnelle. Je m’interroge pour savoir si un règlement de l’usage d’Internet ou une charte d’utilisation existe dans la collectivité. L’usage du logo de la collectivité est réservé aux pages professionnelles, un risque de confusion est donc à déplorer. Je convoque l’agent et lui rappelle les règles, j’en profite pour lui rappeler que les devoirs de réserve et de secret professionnel s’appliquent même en dehors du service. Je veille à alerter la direction générale pour diffuser les principes à l’ensemble des agents, consciente de la méconnaissance des règles liées aux nouvelles technologies.

Jury 2 : Les partenaires sociaux ne sont-ils pas un frein au changement ?

Reformulez la question posée : le piège est le terme « frein », il y a une obligation légale de consultation. Rappelez d’abord le cadre juridique, objectivez. Montrez votre mise en perspective du sujet.

La candidate : La loi du 5 juillet 2010 a réaffirmé le rôle des partenaires sociaux dans la gestion des ressources humaines locales, en élargissant le champ de la négociation sociale. Les représentants des agents sont impliqués pour les questions de rémunération et de management, notamment la question des conditions de travail.

Donnez un exemple dans l’actualité statutaire. La mise en place du RIFSEEP est par exemple une question dont les partenaires sociaux vont s’emparer (régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel), tout comme le plan de prévention des risques psychosociaux. Cela peut augmenter le temps de la décision ; en cela, c’est un frein à la rapidité de la décision. Mais mettre en place un management participatif et considérer l’avis des représentants des agents publics comme un frein peuvent se révéler peu productifs à long terme pour la cohésion des équipes.

Jury 2 : Comment réagissez-vous si un agent refuse de faire un travail que vous lui confiez ?

La candidate : Je dois m’interroger sur les causes du refus. Je fais un travail d’analyse de la situation. Je m’interroge sur le caractère habituel ou non de ce refus. Je concilie posture d’écoute et autorité. Je veille à le convoquer pour lui rappeler les principes de fonctionnement dans le service, en lui donnant un délai pour appliquer le règlement. À défaut de respect du règlement intérieur dans le délai imparti, j’entame une procédure de sanction disciplinaire, pour assurer l’équité dans mon équipe.

Veillez à toujours concilier la gestion individuelle de la question à celle du collectif, le management de l’équipe et, en bout de chaîne, le service public et les usagers. Il y a en effet un risque de sentiment d’inéquité, néfaste à la cohésion d’équipe.

Jury 1 : Factures à 24 999 euros HT qui se multiplient : vous en pensez quoi ?

Rappelez les règles juridiques d’abord ; ne vous lancez pas dans une accusation dépourvue de hauteur de vue.

La candidate : Je fais le point avec les services sur le seuil de 25 000 euros HT qui se décompte, par an, par ordonnateur et par opération. C’est un seuil de la commande publique qui permet de ne pas rédiger de cahier des charges, mais la mise en concurrence demeure obligatoire. Plusieurs devis sont obligatoires. Les principes de la commande publique s’appliquent, en effet, dès 1 euro. Je m’interroge sur le degré de connaissance de ces règles par les services, et j’organise une information/formation à très brève échéance, la responsabilité pénale des élus et des agents publics est en jeu. Je prends contact dans un second temps avec le service juridique pour organiser une information sur les risques pénaux du « saucissonnage » d’une opération.

Jury 1 : Comment voyez-vous votre carrière dans 5 ans ?

La candidate : Je souhaite passer le concours d’administrateur, car les missions transversales dans une région ou une métropole m’intéressent. Je constate aussi que les enjeux de la gestion publique deviennent complexes, et je pense pouvoir apporter mon expertise à la résolution de problématiques locales à forts enjeux managériaux. Mon goût de l’innovation me permettra d’évoluer vers des postes qui mettront en avant la qualité du service rendu.

Jury 2 : Que pensez-vous de l’Acte 3 de la décentralisation ?

C’est une question à connaître absolument.

La candidate : C’est un ensemble de lois. L’Acte 3 est composé des lois Maptam (modernisation de l’action publique et affirmation des métropoles), NOTRe (nouvelle organisation de la République) et de la loi relative à la création des sept nouvelles régions. À la différence des Actes 1 et 2, qui ont transféré massivement des compétences de l’État aux collectivités territoriales, il s’agit d’une réforme de la carte administrative qui vise à simplifier les niveaux d’intervention et à éviter les doublons. Il s’agit aussi de la victoire des territoires de projet, comme les intercommunalités ou les métropoles. C’est une phase de spécialisation des territoires, au travers de la notion de chef de file et la suppression de la clause générale de compétences pour les départements et les régions. L’avenir des départements est compromis.

Jury 1 : Vous pensez que les départements vont être supprimés ?

Restez sur le terrain des faits juridiques et de votre expérience professionnelle, attention à éviter les « pour » ou « contre » le département.

La candidate : La suppression exigerait une révision constitutionnelle, ce qui nécessiterait un accord à la majorité des 3/5e du Parlement, réuni en Congrès. La loi NOTre du 7 août 2015 a organisé un transfert de compétences des départements vers les métropoles. Des fusions sont prévues par la loi, en Corse, en Ile-de-France. Il n’existe cependant aucun schéma général de suppression.

Jury 3 : Votre directeur vous demande de recruter le fils du maire. Cela vous choque ?

Le « cela vous choque ? » est fait pour vous déstabiliser. Déconstruisez la question d’abord. Le recrutement est soumis à des règles juridiques qui font prévaloir l’égalité en droit. Toutefois des mesures récentes risquent de faire évoluer la réponse.

La candidate : Je vérifie s’il y a un besoin de recrutement et, si c’est le cas, je mets en place, après réflexion sur le remplacement ou non, la procédure de recrutement. Celle-ci obéit à des règles fixées par le statut général de la fonction publique. Je précise que les emplois familiaux ne sont pas interdits en droit positif, sauf pour les emplois au sein du cabinet. La loi n° 2017-1339 du 15 septembre 2017 pour la confiance dans la vie politique a listé des interdits dans son article 15. Le principe a été intégré à l’article 110 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant statut de la fonction publique territoriale. Désormais, les maires ne peuvent compter parmi les membres de leur cabinet : conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin ; parents ou parents du conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin ; enfants ou enfants du conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Des sanctions pénales sont prévues.

Jury 2 : Le directeur insiste, vous devez le recruter.

Il ne s’agit pas d’aller jusqu’à la désobéissance hiérarchique, qui exige un ordre manifestement illégal et de nature à compromettre gravement l’ordre public. Mais de toujours rester sur le terrain juridique, et des conséquences pour l’élu local et le fonctionnement du service public.

La candidate : Je rappelle par écrit les principes et l’actualité juridique. La loi prévoit l’annulation de l’acte, une perte de temps nuisible à l’efficience de l’action publique.

Jury 3 : Que prévoit la loi déontologie de 2016 pour l’imprescriptibilité de l’action disciplinaire ?

C’est une question statutaire d’actualité, un texte juridique à approfondir.

La candidate : La loi a supprimé l’imprescriptibilité. Désormais, la procédure disciplinaire de sanction doit être engagée dans un délai de 3 ans à compter du jour où l’administration a connaissance des faits susceptibles de sanction disciplinaire.

Le président du jury : Le temps imparti est écoulé, nous vous remercions.

La candidate : Je vous remercie, au revoir.

ÉVALUATION DE L’ENTRETIEN

Les réponses sont structurées, et de nature professionnelle. C’est le type de réponses que l’on attend d’un cadre A. La candidate fait preuve de mesure et de réactivité. Elle répond en donnant toujours le contexte, notamment juridique. Elle prend de la hauteur, c’est indéniable. Les connaissances sont actualisées, elle montre une ouverture d’esprit et ne se laisse pas piéger par les questions.

C’est une candidate qui se projette dans un poste à fortes responsabilités, une posture volontaire qui laisse présager d’un réel potentiel. Elle allie la réflexion à l’audace intellectuelle, un atout. Elle prend en compte l’intérêt du service public, la demande des élus, des agents et des citoyens. Un triptyque nécessaire dans un exposé, qui confirme votre capacité à construire des politiques publiques.