Je vous saurais gré ou je vous serais gré : la règle

C’est la formule la plus malmenée du courrier professionnel. On la relit trois fois avant d’envoyer, on hésite, et on finit souvent par choisir la mauvaise version parce qu’elle « sonne » mieux. La forme correcte est « je vous saurais gré », avec le verbe savoir au conditionnel. Deux variantes très répandues sont franchement fautives, une troisième est correcte mais ne dit pas ce que vous croyez. La raison n’a rien d’une lubie de puriste : elle tient à la nature grammaticale d’un mot de trois lettres que presque tout le monde prend pour un adjectif. Une fois ce point compris, l’hésitation se règle en une seconde. Pour transformer ce genre de vérification ponctuelle en automatisme, réviser l’orthographe en ligne avec des exercices classés par notion reste le chemin le plus court.
Sommaire
- La réponse en une ligne
- Deux fautes superposées, pas une
- Pourquoi « savoir » : gré est un nom
- Pourquoi le conditionnel et pas le futur
- « Je vous saurais grée » : l’accord qui n’existe pas
- La formule à toutes les personnes
- Bien l’employer dans un mail professionnel
- La frontière avec « je serai » et « je serais »
- Ce qu’il faut retenir
- Questions fréquentes
La réponse en une ligne
On écrit « je vous saurais gré de bien vouloir… », avec le verbe savoir conjugué au conditionnel présent, première personne du singulier.
Bon : Je vous saurais gré de bien vouloir me confirmer votre venue.
Fautif : Je vous serais gré de bien vouloir me confirmer votre venue.
Fautif : Je vous serai gré de bien vouloir me confirmer votre venue.
Hors registre : Je vous saurai gré de bien vouloir me confirmer votre venue. (le verbe est le bon, le temps ne convient pas à une demande, voir plus bas)
L’Académie française a consacré une fiche entière à cette erreur dans sa rubrique « Dire, ne pas dire », au chapitre des emplois fautifs, publiée le 4 décembre 2014. Sa colonne « on ne dit pas » range noir sur blanc « je vous serais gré de bien vouloir… » parmi les tournures à bannir, et lui oppose deux formulations acceptées : « je vous saurais gré de bien vouloir… » et « je vous serais reconnaissant de bien vouloir… ».
Retenez cette dernière ligne : elle contient déjà l’explication de la faute.
Deux fautes superposées, pas une
La plupart des articles présentent le problème comme un duel entre serais et saurais. C’est une simplification qui laisse passer la moitié des erreurs réellement commises. Il y a en réalité deux décisions indépendantes à prendre dans cette formule :
- quel verbe ? savoir ou être ;
- quel temps ? le futur simple (terminaison -ai) ou le conditionnel présent (terminaison -ais).
Deux choix binaires donnent quatre combinaisons. Une seule est la formule consacrée, deux sont franchement fautives, et la dernière est correcte mais dit autre chose.
| Futur simple (-ai) | Conditionnel présent (-ais) | |
|---|---|---|
| Verbe savoir | je vous saurai gré Forme correcte en soi, mais ce n’est pas la formule de politesse. |
je vous saurais gré La formule attendue. |
| Verbe être | je vous serai gré Fautif. |
je vous serais gré Fautif. |
Les deux cases du bas sont fautives quel que soit le temps, parce que le problème n’est pas le temps : c’est le verbe. Aucune conjugaison d’être ne rendra cette phrase correcte. Il faut donc régler la question du verbe d’abord, celle du temps ensuite. C’est l’ordre inverse de celui que suit la plupart des gens, et c’est pour cela que la faute résiste.
Pourquoi « savoir » : gré est un nom
Ce que dit l’Académie française
L’explication tient en une phrase, et l’Académie française la donne dès la première ligne de sa fiche : savoir gré est une locution ancienne dans laquelle gré est « un nom qui signifie gratitude, reconnaissance ». L’institution ajoute qu’il ne faut pas faire de gré « un adjectif attribut » ni lui appliquer le verbe être à la place du verbe savoir.
Tout est là. Gré n’est pas un adjectif, c’est un nom commun, complément d’objet direct du verbe savoir. Or un nom complément ne peut pas s’accrocher à être dans ce type de construction. On peut « savoir gré à quelqu’un », comme on peut « rendre grâce » ou « faire honneur » : le nom fait corps avec le verbe. On ne peut pas « être gré », pas plus qu’on ne peut « être grâce » ou « être honneur ».
L’expression est d’ailleurs très ancienne. L’Académie en trouve la trace dans La Vie de saint Alexis, texte du milieu du XIe siècle, dans une phrase qui se traduit par « ils lui en surent bon gré ». Neuf siècles plus tard, la construction n’a pas bougé.
L’analogie avec « être reconnaissant », le vrai coupable
Pourquoi cette faute est-elle si répandue si la règle est si simple ? L’Académie avance elle-même deux causes, et toutes deux sont vérifiables.
La première est la proximité sonore des deux verbes au conditionnel : saurais et serais se ressemblent, et le conditionnel est précisément le mode dans lequel cette expression s’emploie le plus souvent. À l’oral, la distinction est presque inaudible dans une phrase rapide.
La seconde est l’analogie avec les constructions attributives de même sens, au premier rang desquelles « être reconnaissant ». C’est le point décisif, et il est rarement expliqué. Comparez :
- « Je vous serais reconnaissant de bien vouloir… » : reconnaissant est un adjectif, il peut être attribut du sujet, donc être fonctionne.
- « Je vous saurais gré de bien vouloir… » : gré est un nom, il ne peut pas être attribut, donc être ne fonctionne pas.
Les deux phrases veulent dire la même chose et n’ont pas la même charpente. On calque la seconde sur la première, et la faute est née. Le test est immédiat : si vous pouvez remplacer le mot par un adjectif accordable (reconnaissant, reconnaissante, reconnaissants), le verbe être est possible. Si le mot reste figé quoi qu’il arrive, c’est un nom, et il lui faut savoir.
La famille du mot gré
Le nom gré ne vit pas qu’au milieu de cette formule. Le reconnaître ailleurs aide à le fixer comme nom une fois pour toutes :
- de bon gré, de mon plein gré, contre son gré : le mot désigne la volonté, le consentement ;
- bon gré mal gré, de gré ou de force : mêmes valeurs, figées en locution ;
- au gré du vent, au gré des circonstances : ce qui convient, ce qui plaît ;
- agréer, agréable, maugréer : la même racine, celle de ce qui plaît ou déplaît.
Dans toutes ces expressions, gré est un nom et personne n’a l’idée d’écrire « je suis gré » ou « il était gré ». C’est bien la seule formule de politesse qui déclenche l’erreur, et uniquement parce que « je vous serais reconnaissant » rôde juste à côté.
Pourquoi le conditionnel et pas le futur
Le conditionnel de la demande polie
Une fois le verbe réglé, reste le s final. « Je vous saurai gré » et « je vous saurais gré » se prononcent quasiment de la même façon, et pourtant la formule consacrée est au conditionnel.
La raison est décrite avec précision dans les ressources d’accompagnement du programme de français au lycée publiées par éduscol en octobre 2019. Le document consacre une section aux emplois du conditionnel « liés à une condition implicite », c’est-à-dire non exprimée dans la phrase. Il prend pour exemples « Je voudrais un rôti pour trois personnes » et « J’aurais souhaité un rendez-vous avec le conseiller principal d’éducation », et explique que la condition sous-entendue est du type « si je peux me permettre… ». Le texte conclut que l’emploi du conditionnel marque ici « une sorte de distance ou de précaution polie » et que la modalisation « consiste dans ces deux phrases en une atténuation de la demande ».
« Je vous saurais gré de bien vouloir… » appartient exactement à cette famille. On ne décrit pas un fait à venir, on atténue une demande. Le conditionnel n’est pas là par décoration : c’est lui qui transforme une injonction en requête. Mettre le futur, c’est annoncer froidement sa future gratitude au lieu de formuler poliment une demande.
« Je vous saurai gré » est-il vraiment faux ?
Nuance utile, et absente de la quasi-totalité des pages qui traitent le sujet : « je vous saurai gré » n’est pas agrammatical. Le verbe est le bon, la conjugaison est correcte. La phrase dit simplement autre chose.
- « Je vous saurai gré de votre soutien le jour du vote » : futur, annonce d’une gratitude à venir à un moment identifié. Grammaticalement correct, mais ce n’est plus une formule de politesse.
- « Je vous saurais gré de bien vouloir m’adresser ce document » : conditionnel, demande polie. C’est la formule attendue dans un courrier ou un mail.
Dans un mail professionnel, où la phrase sert toujours à demander quelque chose, c’est donc le conditionnel qu’il faut écrire. Si l’on vous reproche un « je vous saurai gré », le reproche ne porte pas sur la grammaire mais sur le registre.
Et « je vous sais gré » ?
Cette forme-là est parfaitement correcte, et l’Académie française la cite d’ailleurs dans sa colonne « on dit », avec l’exemple « je vous sais gré de votre assistance ». Le présent de l’indicatif exprime une gratitude actuelle, pour quelque chose qui a déjà eu lieu.
La répartition est claire :
- je vous sais gré : vous remerciez pour un service déjà rendu ;
- je vous saurais gré : vous demandez poliment un service à venir.
Les deux sont justes, elles ne servent pas au même moment de l’échange. En revanche, « je vous suis gré » est fautif au même titre que « je vous serais gré », et pour la même raison : c’est encore le verbe être.
« Je vous saurais grée » : l’accord qui n’existe pas
La question revient souvent, en particulier chez les femmes qui rédigent une candidature : faut-il écrire « je vous saurais gré » ou « je vous saurais grée » quand on est une femme ? Et faut-il un s si l’on s’adresse à plusieurs personnes ?
Les graphies « grée » et « gréée » existent bel et bien en français, mais elles appartiennent à une tout autre famille : celle du verbe gréer, qui signifie équiper un navire de sa voilure et de ses cordages. « Le charpentier grée le mât », « une goélette bien gréée » : rien à voir avec la gratitude, et le mot est alors une forme verbale, pas le nom gré. Si vous hésitez, souvenez-vous que le gré de la politesse est un nom masculin invariable, et qu’il ne prend jamais ni e ni s.
La formule à toutes les personnes
Une fois la mécanique comprise, il suffit de conjuguer savoir au conditionnel présent et de laisser gré tranquille.
| Personne | Forme correcte | À ne pas écrire |
|---|---|---|
| je | je vous saurais gré | je vous serais gré |
| tu | tu me saurais gré | tu me serais gré |
| il, elle | il vous saurait gré | il vous serait gré |
| nous | nous vous saurions gré | nous vous serions gré |
| vous | vous me sauriez gré | vous me seriez gré |
| ils, elles | ils vous sauraient gré | ils vous seraient gré |
Un détail qui piège au pluriel : on écrit « nous vous saurions gré », avec un i, et non « nous vous saurons gré ». Le i du conditionnel est ici audible, contrairement au s du singulier, ce qui fait de cette personne un bon test de vérification. Si vous dites « nous vous saurions gré » à voix haute et que cela vous semble juste, alors « je vous saurais gré » l’est aussi.
Bien l’employer dans un mail professionnel
La formule est soutenue. Très soutenue, même : elle appartient au registre du courrier administratif et de la correspondance formelle. Dans un mail de quatre lignes à un collègue, elle détonne. Dans une lettre de relance à une administration, une demande de pièce justificative ou un courrier à un service juridique, elle est à sa place.
Trois points de vigilance.
La construction attendue est « saurais gré à quelqu’un de quelque chose ». La préposition est de, et elle introduit soit un nom, soit un infinitif : « je vous saurais gré de votre diligence », « je vous saurais gré de me transmettre ce document ». On ne dit pas « je vous saurais gré pour ».
« De bien vouloir » alourdit sans rien ajouter. C’est l’attelage le plus fréquent, et il fait de la phrase une accumulation de politesse. « Je vous saurais gré de me confirmer votre présence » suffit largement. Réservez « de bien vouloir » aux contextes où l’insistance protocolaire est réellement attendue.
Des alternatives existent, et elles sont correctes. Si la formule vous met mal à l’aise, rien ne vous oblige à l’employer :
- « Je vous serais reconnaissant de… », citée par l’Académie elle-même, même registre, sans le piège ;
- « Je vous remercie par avance de… », plus neutre, très courante ;
- « Pourriez-vous me transmettre… », direct et parfaitement poli.
Une formule qu’on écrit correctement en hésitant vaut mieux qu’une formule prestigieuse qu’on écrit de travers. Et dans un mail de candidature, une faute sur cette expression précise se remarque, justement parce que la tournure signale qu’on a voulu soigner son français.
La frontière avec « je serai » et « je serais »
Le lecteur attentif aura remarqué que ce s final ressemble beaucoup à celui d’une autre hésitation très répandue, celle qui oppose « je serai » et « je serais ». Les deux difficultés partagent le même ressort, mais elles ne se règlent pas de la même manière.
- « Je serai » ou « je serais » : le verbe est le bon, seul le temps est en jeu. Il faut choisir entre une certitude et une éventualité, et le test du remplacement par « nous » tranche.
- « Je vous saurais gré » : le temps n’est presque jamais le vrai problème. La faute porte d’abord sur le choix du verbe, et aucun test de conjugaison ne la détecte, puisque « je vous serais gré » est une forme d’être parfaitement conjuguée.
C’est ce qui rend cette erreur particulière : les correcteurs automatiques la laissent souvent passer, parce que chaque mot pris séparément est correct. Seule la connaissance de la locution permet de la repérer. Dans la même famille de pièges, la confusion entre les terminaisons en « er » et en « é » repose elle aussi sur une homophonie que l’oreille ne résout pas, tout comme l’hésitation entre « n’oublie pas » et « n’oublies pas », où c’est encore un s muet qui décide.
Ce qu’il faut retenir
- La forme correcte est « je vous saurais gré », verbe savoir au conditionnel présent.
- Jamais le verbe être : « je vous serais gré », « je vous serai gré » et « je vous suis gré » sont fautifs, parce que gré est un nom et non un adjectif attribut.
- Le coupable est « je vous serais reconnaissant » : c’est le calque de cette tournure, où reconnaissant est bien un adjectif, qui fait naître la faute.
- Le conditionnel atténue la demande : c’est un conditionnel de politesse, à condition implicite. « Je vous saurai gré » au futur reste grammatical mais change de sens.
- « Je vous sais gré » est correct aussi, pour remercier d’un service déjà rendu.
- Aucun accord : jamais « grée », jamais « grés », quel que soit le rédacteur ou le destinataire.
- Test express : si le mot peut s’accorder, c’est un adjectif et être passe ; si le mot est figé, c’est un nom et il faut savoir.
Questions fréquentes
On écrit « je vous saurais gré », avec le verbe savoir au conditionnel présent. « Je vous serais gré » est fautif : l’Académie française le range parmi les emplois à bannir, parce que gré est un nom signifiant gratitude et non un adjectif attribut, ce qui interdit de lui appliquer le verbe être.
Parce que gré est un nom commun, complément d’objet direct du verbe savoir, et non un adjectif. On peut être reconnaissant, parce que reconnaissant est un adjectif qui s’accorde. On ne peut pas être gré, pas plus qu’on ne peut être grâce ou être honneur. L’Académie française attribue la faute à deux causes : la ressemblance sonore entre saurais et serais, et le calque de la tournure être reconnaissant.
Non. Gré ne s’accorde jamais dans cette locution, ni en genre ni en nombre : c’est un nom masculin figé dans l’expression, et non un adjectif. Une femme écrit « je vous saurais gré », exactement comme un homme. Les graphies grée et gréée existent en français, mais ce sont des formes du verbe gréer, qui concerne l’équipement d’un navire, et elles n’ont aucun rapport avec la gratitude.
Le temps, et donc le moment. « Je vous sais gré » est au présent : vous remerciez pour un service déjà rendu. « Je vous saurais gré » est au conditionnel : vous demandez poliment quelque chose qui n’a pas encore eu lieu. Les deux formes sont correctes, elles ne s’emploient simplement pas au même moment de l’échange.
Ce n’est pas une faute de grammaire : le verbe est le bon et la conjugaison au futur simple est correcte. C’est une erreur de registre dans une demande. Le futur annonce une gratitude à venir, alors que la formule de politesse a besoin du conditionnel pour atténuer la demande. Dans un mail où vous demandez quelque chose, écrivez « je vous saurais gré ».
Trois alternatives correctes et plus légères : « je vous serais reconnaissant de », citée par l’Académie française elle-même, « je vous remercie par avance de », plus neutre, et la question directe « pourriez-vous me transmettre ». Toutes sont polies. Mieux vaut une formule simple écrite correctement qu’une tournure soutenue écrite de travers.
Sources
- Éduscol, « Le conditionnel // le futur : valeurs temporelles et valeurs modales », ressources d’accompagnement du programme de français, voie générale et technologique, ministère de l’Éducation nationale, octobre 2019. Section « Les emplois liés à une condition implicite ».
- Éduscol, guide « La grammaire du français, terminologie grammaticale », ministère de l’Éducation nationale, pour le statut du conditionnel et la nature des compléments.
- Note de service du 11 septembre 2026, « Exigences en matière de maîtrise de la langue à tous les examens à compter de la session 2027 », NOR MENE2623195N, Bulletin officiel spécial n° 4 du 17 septembre 2026, qui place l’orthographe lexicale et grammaticale parmi les critères d’évaluation de toutes les épreuves.
- Académie française, rubrique « Dire, ne pas dire », section « Emplois fautifs », fiche « Je vous serais gré pour je vous saurais gré », publiée le 4 décembre 2014, et Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, entrée gré.
- Office québécois de la langue française, Vitrine linguistique, fiche sur l’expression savoir gré, pour la description des altérations d’expressions figées.
- La Vie de saint Alexis, texte anonyme du milieu du XIe siècle, cité par l’Académie française comme première attestation de la locution.