N’oublie pas ou n’oublies pas : quelle est la bonne orthographe ?

Publié le 27 juillet 2026
 • Mis à jour le 27 juillet 2026
 • Thomas Grunder
À l’impératif, les verbes du premier groupe et « aller » perdent leur s à la deuxième personne du singulier : on écrit « n’oublie pas ». Un seul repère suffit à ne plus confondre avec l’indicatif « tu n’oublies pas », y compris dans les cas de « vas-y » et « penses-y ».
un post-it jaune manuscrit collé sur un cahier ouvert, écriture au feutre lisant vaguement une consigne rappelée, stylo

Un rappel qu’on envoie par texto, une consigne en fin de mail, une note collée sur le frigo : « n’oublie pas de… ». La main hésite une fraction de seconde, parce qu’à l’oreille « n’oublie pas » et « n’oublies pas » sont rigoureusement identiques. Pourtant une seule graphie est correcte quand on donne un ordre, et c’est celle sans s. La règle tient en une ligne : à l’impératif, les verbes en -er ne prennent pas de s à la deuxième personne du singulier. Reste à comprendre pourquoi le réflexe pousse vers le s de trop, et à connaître les deux ou trois cas qui font vraiment douter, comme « vas-y » ou « penses-y ». Traiter ces automatismes un par un est le moyen le plus sûr de réviser l’orthographe en ligne sans y passer ses soirées.

Sommaire

La réponse en une phrase

On écrit « n’oublie pas », sans s. Le verbe oublier est ici à l’impératif présent, deuxième personne du singulier, et les verbes du premier groupe, ceux qui se terminent par -er à l’infinitif, ne prennent pas de s à cette personne. La forme « n’oublies pas » avec un s existe, mais c’est de l’indicatif : « tu n’oublies pas tes clés » constate une habitude, il ne donne pas d’ordre.

À retenir : « n’oublie pas » quand on donne un ordre ou une consigne (impératif). « tu n’oublies pas » quand on énonce un fait avec le sujet « tu » (indicatif). La différence tient au s, et le s disparaît dès qu’il n’y a plus de « tu ».

Pourquoi le s revient-il tout seul ?

La faute n’est presque jamais une ignorance de la règle. Elle vient d’un réflexe : à l’oral, on entend « tu » dans la tête même quand on ne l’écrit pas. « N’oublie pas d’appeler » s’adresse bien à une personne qu’on tutoie, et le cerveau reconstitue la forme complète « tu n’oublies pas », s compris. La main suit l’intuition, pas la grammaire.

S’ajoute la pression de l’indicatif, qui est la conjugaison la plus fréquente. On écrit cent fois « tu parles », « tu manges », « tu oublies » pour une fois « parle », « mange », « oublie ». Le s de la deuxième personne est tellement installé qu’il déborde sur l’impératif, où il n’a rien à faire.

La bonne façon de désamorcer ce réflexe n’est pas de retenir un cas isolé, mais de comprendre la logique qui gouverne les accords et règles grammaticales : la terminaison dépend du mode et de la personne, jamais de la prononciation.

La règle : impératif des verbes en -er

L’impératif sert à donner un ordre, un conseil ou une consigne. Il n’a que trois personnes et ne s’emploie jamais avec un sujet exprimé : on dit « range ta chambre », pas « tu range ta chambre ». C’est justement l’absence de « tu » qui explique la terminaison.

Pour tous les verbes du premier groupe (infinitif en -er), la deuxième personne du singulier de l’impératif présent se termine par -e, sans s :

  • oublier : oublie, n’oublie pas ;
  • parler : parle, ne parle pas si fort ;
  • manger : mange, ne mange pas trop vite ;
  • penser : pense à fermer, n’y pense plus ;
  • écouter : écoute, n’écoute pas les rumeurs.

La forme est identique à celle qu’on emploie pour « il » ou « elle » à l’indicatif présent : il oublie, elle parle, on mange. Ce n’est pas un hasard, et c’est ce qui fournit le test le plus fiable, détaillé plus bas.

Tous les verbes concernés (et « aller »)

La règle vaut pour l’ensemble des verbes du premier groupe, sans exception : ils sont les plus nombreux de la langue, ce qui rend l’automatisme très rentable une fois acquis. « Donne », « regarde », « appelle », « ferme », « travaille », « joue », « continue » : tous perdent leur s à l’impératif singulier.

Un seul verbe irrégulier suit le même schéma alors qu’il n’est pas en -er : « aller ». On écrit « va », sans s : « va voir », « n’y va pas seul ». C’est le seul verbe du troisième groupe à s’aligner sur les verbes en -er pour cette terminaison.

Quelques verbes du troisième groupe dont l’impératif se termine par -e suivent aussi cette logique et ne prennent pas de s : ouvrir donne « ouvre », offrir donne « offre », cueillir donne « cueille », souffrir donne « souffre ». Ils se conjuguent comme des verbes en -er au présent, la terminaison de l’impératif s’aligne donc naturellement.

Réviser toutes les règles de base ➜ Les 40 règles de base de l’orthographe française

L’exception : « vas-y », « penses-y », « manges-en »

Il existe un cas, et un seul, où le s réapparaît sur un verbe en -er à l’impératif. Quand la forme est immédiatement suivie du pronom « en » ou « y », relié par un trait d’union, on ajoute un s dit euphonique, uniquement pour faciliter la prononciation et permettre la liaison :

  • aller : « vas-y » (et non « va-y ») ;
  • penser : « penses-y » ;
  • manger : « manges-en un peu » ;
  • retourner : « retournes-y ».

Ce s n’a aucune valeur grammaticale : il ne marque ni la personne ni le nombre, il évite seulement un enchaînement de voyelles désagréable à l’oreille. La preuve, il disparaît dès que « en » ou « y » n’est plus directement collé au verbe. Devant un infinitif, on revient à la forme sans s : « va y mettre de l’ordre », « pense à y retourner ».

Ce mécanisme de liaison relève de l’orthographe grammaticale et se retrouve dans d’autres cas d’impératif suivi d’un pronom, ce qui vaut la peine de l’installer une fois pour toutes.

Les verbes qui gardent leur s

La règle du s supprimé ne concerne que les verbes en -er et « aller ». Les verbes des deuxième et troisième groupes, eux, conservent le s de l’indicatif à l’impératif, parce que leur terminaison n’est pas en -e :

  • deuxième groupe : finir donne « finis », choisir donne « choisis » ;
  • troisième groupe : prendre donne « prends », venir donne « viens », faire donne « fais », dire donne « dis », partir donne « pars ».

« Ne prends pas froid », « fais attention », « ne dis rien » : le s est ici parfaitement correct. C’est ce contraste qui explique pourquoi le doute ne surgit qu’avec les verbes en -er, dont l’impératif s’écarte visiblement de l’indicatif.

Le test pour ne plus se tromper

Deux vérifications rapides suffisent, sans avoir à identifier le groupe du verbe.

Le test du « il »

Pour un verbe en -er, l’impératif de la deuxième personne du singulier a exactement la même forme que l’indicatif de « il » ou « elle ». Posez la question : est-ce que « il » dirait cette forme ? « Il oublie », « il parle », « il mange » : jamais de s. Donc à l’impératif non plus. Si vous êtes tenté d’écrire un s, c’est que vous pensez à « tu », c’est-à-dire à l’indicatif, pas à l’ordre.

Le test du sens

Demandez-vous si la phrase donne un ordre ou constate un fait. « N’oublie pas ton rendez-vous » commande quelque chose : impératif, pas de s. « Je vois que tu n’oublies jamais rien » décrit une habitude, avec le sujet « tu » : indicatif, s obligatoire. Dès que vous pouvez remettre « tu » devant le verbe sans changer le sens, vous êtes à l’indicatif.

Un autre piège qui trompe tout le monde ➜ Écrit-on « bienvenu » ou « bienvenue » ?

Le tableau récapitulatif

Le repère unique : à l’impératif singulier, un verbe en -er ou « aller » ne prend pas de s, sauf devant « en » ou « y » collés par un trait d’union.

SituationGraphiePourquoiExemple
Ordre, verbe en -ern’oublie pasImpératif, pas de sN’oublie pas de signer.
Fait, sujet « tu »tu n’oublies pasIndicatif, s de la 2e personneToi, tu n’oublies jamais rien.
Verbe « aller »vaImpératif, pas de sVa au tableau.
Devant « y » ou « en » (affirmatif)vas-y, penses-y, manges-ens euphonique de liaisonVas-y maintenant.
Devant « y » ou « en » (négatif)n’y pense pas, n’en mange pasPas de liaison, donc pas de sN’y pense plus.
Verbe des 2e / 3e groupesfinis, prends, faisTerminaison en s conservéeNe prends pas froid.

La méthode de relecture

Connaître la règle et l’appliquer sous la main qui va vite sont deux choses différentes. La plupart des « n’oublies pas » fautifs se glissent dans des messages rapides, là où la relecture est la plus expédiée. Quelques réflexes ciblés suffisent à les rattraper.

  • Repérer l’ordre. Chaque fois que la phrase commande quelque chose à quelqu’un, méfiez-vous du s : c’est un impératif.
  • Faire le test du « il ». « Il oublie » n’a pas de s, donc l’ordre « oublie » non plus. C’est le contrôle le plus rapide.
  • Traiter « vas-y » et « penses-y » comme des blocs. Le s euphonique ne s’invente pas : il n’apparaît que collé à « en » ou « y » par un trait d’union, jamais ailleurs.
  • Se souvenir que la négation efface le s de liaison. « N’y pense pas », « n’en prends pas » : rien à ajouter.
  • Travailler la notion isolément. Une terminaison se fixe par la répétition, quelques minutes à la fois, qu’il s’agisse de l’orthographe au collège ou d’une reprise plus tardive dans l’orthographe dans les études.

Ces automatismes valent bien au-delà de ce seul verbe. Ils forment le socle d’une relecture efficace, celle qui permet de ne plus faire de fautes d’orthographe sur les pièges du quotidien.

FAQ

Écrit-on « n’oublie pas » ou « n’oublies pas » ?

On écrit « n’oublie pas », sans s, quand on donne un ordre ou une consigne : c’est l’impératif présent, et les verbes en -er ne prennent pas de s à la deuxième personne du singulier. « N’oublies pas » avec un s n’est correct qu’à l’indicatif, avec le sujet « tu » exprimé : « tu n’oublies pas ».

Pourquoi les verbes en -er perdent-ils leur s à l’impératif ?

Parce que l’impératif présent des verbes du premier groupe se termine par -e, comme la forme de « il » ou « elle » à l’indicatif. La deuxième personne du singulier de l’impératif se distingue ainsi de l’indicatif « tu parles », « tu oublies », qui, lui, garde le s.

Pourquoi écrit-on « vas-y » avec un s ?

C’est un s euphonique, ajouté uniquement pour la liaison quand l’impératif est immédiatement suivi de « y » ou « en » relié par un trait d’union : « vas-y », « penses-y », « manges-en ». Ce s n’a pas de valeur grammaticale et disparaît devant un infinitif (« va y mettre de l’ordre ») comme à la forme négative (« n’y va pas »).

Quels verbes gardent leur s à l’impératif singulier ?

Les verbes des deuxième et troisième groupes conservent le s de l’indicatif : « finis », « choisis », « prends », « viens », « fais », « dis », « pars ». Seuls les verbes en -er et « aller » perdent ce s, ainsi que quelques verbes comme « ouvre », « offre » ou « cueille » dont l’impératif se termine déjà par -e.

La réforme de 1990 a-t-elle changé cette règle ?

Non. Les rectifications orthographiques de 1990, publiées au Journal officiel du 6 décembre 1990 et prises comme référence par les programmes de français, ne modifient pas la conjugaison de l’impératif. La suppression du s à la deuxième personne des verbes en -er relève de la morphologie verbale, indépendante de ces rectifications.

Sources

  • Ministère de l’Éducation nationale, programmes de français des cycles 3 et 4 : étude de la langue, morphologie verbale et conjugaison de l’impératif présent. education.gouv.fr. Consulté le 24 juillet 2026.
  • Eduscol, ressources d’accompagnement pour l’étude de la langue : construction des modes et des temps, impératif et pronoms compléments. eduscol.education.fr. Consulté le 24 juillet 2026.
  • Journal officiel du 6 décembre 1990, rectifications de l’orthographe, texte de référence toujours applicable : les graphies ancienne et rectifiée sont acceptées de façon égale. legifrance.gouv.fr. Consulté le 24 juillet 2026.
  • Académie française, Dictionnaire de l’Académie française et rubrique « Dire, ne pas dire » : formes de l’impératif et emploi du s euphonique devant « en » et « y ». Références nommées pour information, consultées le 24 juillet 2026.
  • Office québécois de la langue française, Vitrine linguistique : formes de l’impératif, deuxième personne du singulier des verbes en -er et s euphonique. Référence nommée pour information.