Au temps pour moi ou autant pour moi : laquelle écrire ?

Publié le 28 août 2026
 • Mis à jour le 28 août 2026
 • Thomas Grunder
Pour reconnaître son erreur, l’Académie française ne retient qu’une graphie : « au temps pour moi ». Mais « autant pour moi » n’est pas une forme interdite pour autant : elle existe, avec un sens différent. Comprendre lequel est la seule façon de ne plus jamais hésiter entre les deux.
plan rapproché d'un carnet ouvert posé sur une table en bois clair, un stylo posé en travers, une phrase manuscrite ratu

C’est l’une des rares fautes que l’on commet en croyant bien faire. On écrit « autant pour moi » pour s’excuser d’une bourde, on trouve la phrase logique, et l’on découvre un jour que l’Académie française n’en veut pas. Le réflexe est alors de rayer « autant pour moi » de son vocabulaire écrit, ce qui est une deuxième erreur : les deux graphies existent bel et bien, mais elles ne disent pas la même chose. Cet article pose la règle, donne le test qui tranche, et explique pourquoi le doute est si tenace. Pour travailler l’ensemble de ces pièges de façon suivie, vous pouvez réviser l’orthographe en ligne avec des exercices classés par notion.

Sommaire

La réponse en une phrase

Pour admettre que l’on s’est trompé, on écrit « au temps pour moi », en trois mots. « Autant pour moi » n’est pas une faute d’orthographe en soi : c’est une autre expression, qui signifie « la même quantité pour moi » et qui reste parfaitement correcte dans ce sens précis.

Autrement dit, la question n’est pas de savoir laquelle des deux formes est bonne. Les deux le sont. La question est de savoir laquelle correspond à ce que vous voulez dire. Une fois ce déplacement fait, l’hésitation disparaît, et elle ne revient pas.

« Au temps pour moi » : la formule pour reconnaître son erreur

« Au temps pour moi » est une locution figée. On l’emploie pour concéder que l’on vient de dire ou de faire une bêtise, et que ce que l’on a avancé est à reprendre.

  • « La réunion est à 14 h… au temps pour moi, elle est à 15 h. »
  • « Je pensais que le dossier était parti hier. Au temps pour moi, il est encore en attente de signature. »
  • « Au temps pour moi, j’avais mal lu la consigne. »

Les trois mots ne bougent jamais. Pas de trait d’union, pas de majuscule particulière en milieu de phrase, pas de s. Le registre est familier, mais la formule s’écrit aussi bien dans un message professionnel courant que dans une conversation.

C’est la seule graphie que retient l’Académie française pour ce sens. Dans sa rubrique « Questions de langue », elle rattache la locution au langage militaire et note que la graphie concurrente s’est répandue parce que cette origine n’est plus comprise, mais que « rien ne la justifie ».

« Autant pour moi » : la graphie qui n’est pas toujours fautive

Voilà le point que la plupart des explications passent sous silence, et qui est pourtant la clé du problème. « Autant pour moi » n’est pas une suite de lettres interdite. C’est une construction ordinaire du français : l’adverbe « autant », qui exprime une quantité ou un degré égal, suivi du complément « pour moi ».

  • Au comptoir : « Un café pour lui, autant pour moi. »
  • Dans un partage : « Tu as pris trois parts, autant pour moi. »
  • Dans une comparaison : « Ce projet compte autant pour moi que pour toi. »

Dans ces trois phrases, « autant pour moi » est irréprochable. Personne ne songerait à y écrire « au temps ». La faute ne naît que lorsque l’on transporte cette graphie dans le sens « je me suis trompé », où le mot « autant » ne veut plus rien dire : il n’y a aucune quantité à comparer quand on reconnaît une erreur.

Le test qui tranche en deux secondes

Un seul test suffit, et il fonctionne dans les deux directions.

Remplacez mentalement par « la même chose ».

  • La phrase garde son sens ? Écrivez autant pour moi. Exemple : « Un thé pour elle, la même chose pour moi » fonctionne, donc « autant pour moi ».
  • La phrase devient absurde ? Écrivez au temps pour moi. Exemple : « La même chose pour moi, j’avais mal compris » ne veut rien dire, donc « au temps pour moi ».

Un second test, plus rapide encore quand on est dans le doute au milieu d’un message : demandez-vous si vous êtes en train de vous excuser. Si oui, c’est « au temps ». Reconnaître une erreur et comparer une quantité sont deux intentions qui ne se confondent jamais dans une phrase réelle.

À lire aussi : Davantage ou d’avantage : la règle simple et sans exception, un autre cas où deux graphies coexistent avec des sens distincts.

D’où vient « au temps » ? Une piste militaire, et une controverse

L’explication habituelle

Dans le langage militaire, « au temps ! » est un commandement qui ordonne de reprendre un mouvement depuis le début, parce qu’il n’a pas été exécuté dans le bon tempo. On le retrouve aussi en gymnastique et en escrime, disciplines où les gestes se décomposent en temps. « Au temps pour moi » signifierait donc, en gros : « c’est à reprendre, et c’est de mon fait ».

Cette filiation explique pourquoi la locution s’écrit avec le mot « temps » et non avec l’adverbe « autant ». C’est l’explication que donne l’Académie française, et c’est aussi celle que reprennent la plupart des ouvrages de langue.

Ce que l’explication ne prouve pas

Il faut être honnête sur un point : cette origine est probable, pas démontrée. L’Académie française le reconnaît elle-même en ouverture de sa notice, en indiquant qu’il est impossible de savoir précisément quand et comment l’expression est apparue.

Plusieurs spécialistes sont allés plus loin. Maurice Grevisse, dans Le Bon Usage, et l’écrivain Claude Duneton ont mis en doute la piste militaire, en faisant valoir un argument documentaire : on trouve dès 1640, chez Antoine Oudin, la locution moqueuse « autant pour le brodeur », avec « autant » et non « au temps ». Selon cette lecture, « au temps pour moi » serait une réfection savante d’une expression populaire plus ancienne, et non l’inverse.

Le débat n’est pas tranché du côté des linguistes. Il l’est en revanche du côté de l’usage de référence : les dictionnaires, les correcteurs professionnels et les jurys d’examen s’alignent sur la position de l’Académie. Connaître la controverse ne change donc rien à ce que vous devez écrire, mais cela explique pourquoi vous croiserez des personnes cultivées qui défendent « autant pour moi », et pourquoi la faute est aussi répandue.

Au temps pour lui, pour nous, pour eux

La locution s’adapte à la personne concernée. Seul le pronom change, jamais « au temps ».

SituationForme correcte
Je reconnais mon erreurAu temps pour moi
Il ou elle reconnaît la sienneAu temps pour lui, au temps pour elle
L’erreur est collectiveAu temps pour nous
On s’adresse à plusieurs personnesAu temps pour vous
Un groupe tiers s’est trompéAu temps pour eux, au temps pour elles

« Au temps » reste invariable dans tous les cas. Il n’existe ni « aux temps pour eux », ni « au temps pour mois ». Ce sont deux fautes que l’on rencontre parfois chez ceux qui viennent d’apprendre la règle et la corrigent avec trop de zèle.

Les quatre graphies que l’on croise

GraphieStatutQuand l’employer
au temps pour moiCorrectePour reconnaître son erreur. C’est la seule forme retenue par l’Académie française dans ce sens.
autant pour moiCorrecte dans un autre sensPour dire « la même quantité pour moi ». Fautive si l’on s’excuse.
au temps pour moi ! avec majuscule en début de répliqueCorrecteSimple règle de ponctuation, aucune particularité.
autant pour moi employé pour s’excuserFautive selon l’usage de référenceÀ corriger dans un écrit soigné, une copie, une candidature.

Cette distinction relève de l’orthographe des mots plus que de la grammaire : rien ne s’accorde, rien ne se conjugue, c’est le sens du mot choisi qui commande la graphie. C’est exactement le même mécanisme que dans les couples « voir » et « voire » ou « censé » et « sensé ».

À lire aussi : Voir ou voire : quelle différence et comment les écrire ?

Que faire dans une copie, un mail pro, un message ?

La consigne ne varie pas d’un contexte à l’autre, mais l’enjeu, lui, varie.

  • Copie d’examen, concours, certification. Écrivez « au temps pour moi » si l’expression est attendue. Les grilles d’évaluation s’appuient sur l’usage de référence, pas sur les débats étymologiques. Cela dit, la locution appartient au registre familier : dans une dissertation ou une lettre de motivation, elle n’a en général pas sa place, quelle que soit sa graphie.
  • Mail professionnel. C’est le terrain naturel de la formule. « Au temps pour moi, je vous renvoie le bon fichier » est une correction élégante et brève. Une variante neutre existe si le doute persiste : « désolé, erreur de ma part ».
  • Message personnel. Les deux formes circulent et personne ne vous corrigera. Autant prendre l’habitude de la bonne, c’est là qu’elle s’installe durablement.

Ces réflexes d’écrit professionnel se travaillent, au même titre que les accords. Ils font partie de ce que couvre l’orthographe dans les études et dans la vie active, où la relecture d’un message compte souvent autant que son contenu.

Le réflexe de relecture

Une locution figée se corrige mal en relecture, parce que l’œil la lit comme un bloc et ne s’arrête pas dessus. Trois habitudes aident.

  • Repérer les excuses. Dans un message que vous relisez, cherchez les endroits où vous vous corrigez. C’est là, et nulle part ailleurs, que « au temps pour moi » doit apparaître.
  • Traiter la locution comme un mot unique. « Autempspourmoi » : la mémoriser d’un seul tenant évite de reconstruire la graphie à chaque fois, donc de se tromper.
  • Ranger la règle avec ses voisines. « Au temps pour moi » appartient à une famille de pièges où deux mots se prononcent pareil et s’écrivent différemment selon le sens. Les réviser ensemble ancre mieux la distinction que de les apprendre isolément. C’est ce que travaille l’orthographe lexicale dès le collège.
À lire aussi : Bienvenu ou bienvenue : la règle simple pour ne plus hésiter

Questions fréquentes

Faut-il écrire « au temps pour moi » ou « autant pour moi » pour s’excuser ?

Pour reconnaître une erreur, la graphie correcte est « au temps pour moi », en trois mots. L’Académie française ne retient qu’elle dans ce sens et considère que rien ne justifie la forme « autant » quand il s’agit d’admettre une bourde.

« Autant pour moi » est-il donc toujours une faute ?

Non. « Autant pour moi » est une construction correcte lorsqu’elle signifie « la même quantité pour moi », par exemple pour commander la même chose que quelqu’un d’autre. Elle n’est fautive que si on l’emploie pour s’excuser.

Pourquoi écrit-on « au temps » et pas « autant » ?

L’explication de référence rattache la locution au commandement militaire « au temps ! », qui ordonne de reprendre un mouvement depuis le début. L’Académie française précise toutefois qu’il est impossible de savoir avec certitude quand et comment l’expression est née, et des linguistes comme Maurice Grevisse et Claude Duneton ont contesté cette origine.

Comment dit-on quand c’est quelqu’un d’autre qui s’est trompé ?

Seul le pronom change : « au temps pour lui », « au temps pour elle », « au temps pour nous », « au temps pour eux ». Les mots « au temps » restent invariables, sans s et sans trait d’union.

Peut-on utiliser « au temps pour moi » dans un écrit professionnel ?

Oui dans un e-mail courant, où la formule est brève et bien comprise. Dans un écrit formel comme une lettre de motivation ou une dissertation, mieux vaut l’éviter : elle relève du registre familier, indépendamment de la question de graphie.

Sources

  • Académie française, Dictionnaire de l’Académie française, rubrique « Questions de langue », notice « Au temps pour moi » : origine militaire de la locution, impossibilité d’en dater précisément l’apparition, et absence de justification de la graphie « autant » dans ce sens. Référence nommée pour information, consultée le 27 août 2026.
  • Académie française, Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition : entrées « autant » et « temps ». Référence nommée pour information.
  • Maurice Grevisse, Le Bon Usage : réserves sur la filiation militaire de la locution. Référence nommée pour information.
  • Claude Duneton, chroniques de langue : hypothèse d’une réfection savante à partir d’une forme populaire plus ancienne. Référence nommée pour information.
  • Antoine Oudin, Curiositez françoises, 1640 : attestation de la locution « autant pour le brodeur ». Référence nommée pour information.
  • Ministère de l’Éducation nationale, programmes de français des cycles 3 et 4 : étude de la langue, lexique et distinction des homophones lexicaux. education.gouv.fr. Consulté le 27 août 2026.
  • Eduscol, ressources d’accompagnement pour l’étude de la langue : lexique, sens des mots et homophones. eduscol.education.gouv.fr. Consulté le 27 août 2026.
  • Journal officiel du 6 décembre 1990, rectifications de l’orthographe, texte de référence toujours applicable : les graphies ancienne et rectifiée sont acceptées de façon égale. Ces rectifications ne modifient ni « au temps » ni « autant ». legifrance.gouv.fr. Consulté le 27 août 2026.