Malgré que : faute ou pas ? La règle et les alternatives

« Malgré que je sois fatigué » : quelqu’un vous a déjà repris là-dessus, ou vous hésitez au moment d’écrire. La réponse courante, « c’est une faute », est à la fois trop sévère et trop vague. L’Académie française reconnaît en effet un emploi parfaitement correct de « malgré que », et un seul, qui n’est presque jamais celui qu’on utilise. Le reste de la question tient en trois choses : savoir par quoi remplacer la locution dans un écrit soigné, ne pas ajouter de s à « malgré », et choisir le bon mode derrière la conjonction de remplacement, qui est le vrai piège. Pour transformer ce genre de vérification ponctuelle en réflexe, réviser l’orthographe en ligne avec des exercices classés par notion reste le chemin le plus court.
Sommaire
- Le verdict en trois lignes
- Ce que dit exactement l’Académie française
- Pourquoi cet emploi est contesté
- « Malgre que », « malgrés que », « malgrès que » : la faute dans la faute
- Par quoi remplacer « malgré que »
- Le vrai piège : le mode du verbe qui suit
- « Malgré » tout seul ne pose aucun problème
- Le réflexe en trois secondes
- Questions fréquentes
Le verdict en trois lignes
Trois phrases suffisent à couvrir presque tous les cas de figure.
- « Malgré qu’il en ait » : correct, dans la langue soutenue. C’est le seul emploi que l’Académie française admet, et il signifie « en dépit de sa volonté ».
- « Malgré qu’il soit fatigué » au sens de « bien qu’il soit fatigué » : compris de tous, employé par de nombreux écrivains, mais déconseillé à l’écrit. Préférez bien que, quoique ou même si.
- « Malgrés que », « malgrès que », « malgre que » : fautes d’orthographe pures, dans tous les contextes. Malgré ne prend jamais de s et porte toujours son accent aigu.
Le reste de cet article explique d’où vient cette situation bancale, et surtout ce qu’il faut écrire à la place.
Ce que dit exactement l’Académie française
C’est le point que les pages consacrées au sujet survolent presque toutes. L’Académie française ne se contente pas de déconseiller « malgré que » : elle commence par en valider un emploi, puis restreint tout le reste. Sa fiche « Questions de langue », dans le Dictionnaire de l’Académie française, tient en deux paragraphes.
L’emploi admis : « malgré que j’en aie »
« Malgré que » s’emploie bien dans la langue soutenue, écrit l’Académie, mais seulement avec le verbe avoir conjugué au subjonctif. Elle donne trois exemples : « Je reconnais les mérites de mon rival, malgré que j’en aie », « Malgré qu’il en ait, nous savons son secret », « Elle ne put cacher son dépit, malgré qu’elle en eût ».
Le sens n’est pas celui de « bien que ». C’est « en dépit de moi, de ma volonté », que l’Académie glose par « quelque mauvais gré, si mauvais gré que j’en aie ». Autrement dit : je le reconnais à contrecœur, elle n’a pas pu le cacher malgré ses efforts.
Ce détour éclaire le mot lui-même. Dans cette tournure, le gré reste visible : c’est le même que dans « bon gré mal gré », « de son plein gré » ou « savoir gré à quelqu’un », et il désigne la volonté, le consentement. La locution ne fonctionne donc qu’avec un sujet doté d’une volonté à laquelle on passe outre. Elle est rare, littéraire, et vous ne l’écrirez probablement jamais dans un mail professionnel.
L’emploi déconseillé : « malgré que » au sens de « bien que »
Le second paragraphe de la fiche est tout aussi net. Encore que de nombreux écrivains aient utilisé la locution conjonctive « malgré que » dans le sens de « bien que », « quoique », il est recommandé d’éviter cet emploi.
Deux choses méritent d’être relevées dans cette formulation. D’abord, l’Académie reconnaît explicitement l’usage littéraire : elle ne prétend pas que la tournure n’existe pas. Ensuite, elle « recommande d’éviter », ce qui n’est pas la même chose que « condamne ». On est dans le registre du conseil d’écriture soigné, pas dans celui de la faute d’orthographe caractérisée. Ce niveau de sévérité est utile à connaître : il permet de corriger ses propres écrits sans reprendre agressivement quelqu’un qui emploie la tournure à l’oral.
Pourquoi cet emploi est contesté
La critique repose sur un argument de construction, pas sur un caprice. Malgré est une préposition : elle introduit un nom ou un groupe nominal, comme dans « malgré la pluie », « malgré son âge », « malgré nos efforts ». Une préposition n’introduit pas une proposition avec un verbe conjugué. Pour cela, il faut une conjonction de subordination ou une locution conjonctive, c’est à dire bien que, quoique, encore que.
« Malgré que » revient donc à faire travailler une préposition comme une conjonction, en lui accolant un que. Le procédé n’est pas inédit en français, puisque c’est exactement ainsi que se sont formées des locutions aujourd’hui incontestées, à commencer par après que ou avant que. La différence est que l’usage écrit a entériné les unes et pas l’autre.
Les grammairiens ne sont d’ailleurs pas unanimes. Le Bon Usage de Grevisse relève l’ancienneté et l’abondance des attestations littéraires et se montre nettement plus accueillant que l’Académie. C’est une divergence réelle entre deux ouvrages de référence, et la connaître vaut mieux que de trancher trop vite : elle explique pourquoi vous trouverez sur le web des pages catégoriques dans les deux sens.
Pour un écrit qui sera évalué, corrigé ou envoyé à un tiers, la règle pratique reste simple : ce qui est contesté par une autorité est un risque inutile quand deux remplacements irréprochables existent.
« Malgre que », « malgrés que », « malgrès que » : la faute dans la faute
Voilà le point que la question d’usage fait complètement oublier, alors qu’il concerne une part importante des personnes qui cherchent ce mot. Avant même de se demander si « malgré que » est correct, encore faut-il écrire « malgré » correctement.
| Graphie | Statut | Ce qui la provoque |
|---|---|---|
| malgré | Seule forme correcte | Accent aigu sur le e, jamais de s |
| malgre | Faute | Accent oublié, souvent à la saisie sur clavier |
| malgrés | Faute | Analogie avec après et avec les pluriels |
| malgrès | Faute | Analogie avec après, accent grave et s en prime |
Malgré est une préposition, donc un mot invariable. Elle ne s’accorde ni en genre ni en nombre, quel que soit le nom qui la suit : « malgré la pluie », « malgré les difficultés », « malgré eux ». Le s final n’a aucune raison d’apparaître.
L’analogie avec après est le principal responsable. Les deux mots sont des prépositions de même longueur, se terminent par le même son, et après s’écrit bien avec un s. Mais c’est un s étymologique qui appartient au mot, pas une marque de pluriel, et il n’a pas d’équivalent dans malgré, formé sur gré. Le repère est là : si vous savez écrire « de mon plein gré » sans s, vous savez écrire « malgré ».
Par quoi remplacer « malgré que »
Trois remplacements couvrent tous les cas, et le choix se fait sur le registre et sur ce qui suit.
| À la place de « malgré que » | Ce qui suit | Registre | Exemple |
|---|---|---|---|
| bien que | Subjonctif | Courant, tous écrits | Bien qu’il soit fatigué, il a terminé le dossier. |
| quoique | Subjonctif | Soutenu | Quoiqu’elle ait peu dormi, elle est arrivée à l’heure. |
| même si | Indicatif | Courant, oral et écrit | Même s’il est fatigué, il a terminé le dossier. |
| malgré + nom | Groupe nominal | Neutre, souvent le plus léger | Malgré sa fatigue, il a terminé le dossier. |
| malgré le fait que | Subjonctif | Correct mais lourd | Malgré le fait qu’il soit fatigué, il a terminé le dossier. |
La quatrième ligne est souvent la meilleure et la moins utilisée. Puisque le problème vient de ce qu’on fait suivre une préposition d’une proposition, la solution la plus économique consiste à revenir à ce que la préposition attend : un nom. « Malgré sa fatigue » est plus court, plus net et plus élégant que n’importe quelle subordonnée, et la question du mode disparaît avec elle.
La cinquième ligne, « malgré le fait que », est irréprochable sur le plan de la construction, puisque le fait est bien un nom. Elle est aussi lourde, et son emploi répété alourdit franchement un texte. Utilisez-la ponctuellement, quand la nuance exige de nommer le fait lui-même.
Le vrai piège : le mode du verbe qui suit
Remplacer « malgré que » par « bien que » règle un problème et en ouvre un autre, plus fréquent et plus discret : le mode du verbe subordonné. C’est l’erreur que les correcteurs relèvent le plus souvent dans les copies et dans les écrits professionnels, bien avant la locution elle-même.
Bien que, quoique, encore que : subjonctif
Ces trois conjonctions introduisent ce que les programmes officiels appellent la proposition subordonnée conjonctive de concession et d’opposition. Elles se construisent avec le subjonctif.
- Bien qu’il soit fatigué, et non « bien qu’il est fatigué ».
- Quoiqu’elle ait peu dormi, et non « quoiqu’elle a peu dormi ».
- Encore que la question puisse se poser, et non « encore que la question peut se poser ».
La ressource d’accompagnement publiée par le ministère de l’Éducation nationale sur les propositions subordonnées conjonctives énumère précisément les conjonctions qui introduisent cette subordonnée : bien que, quoique, encore que, quelque… que. « Malgré que » n’y figure pas. Ce n’est pas un oubli, c’est la conséquence directe de ce qui a été vu plus haut : la locution n’est pas retenue comme conjonction de subordination dans la terminologie de référence.
Même si : indicatif
C’est l’exception utile à retenir, parce qu’elle fonctionne exactement à l’inverse. Même si se construit avec l’indicatif : « même s’il est fatigué », jamais « même s’il soit fatigué ». Si vous hésitez sur le subjonctif, c’est le remplacement le plus sûr, puisqu’il vous fait écrire la forme verbale la plus ordinaire.
Et derrière « malgré que » lui-même ?
Si vous tenez à employer la locution, sachez qu’elle appelle elle aussi le subjonctif : « malgré qu’il soit fatigué », et non « malgré qu’il est fatigué ». Écrire « malgré que » suivi de l’indicatif cumule donc deux problèmes distincts, la tournure déconseillée et le mode fautif. C’est la forme la plus pénalisée dans une correction.
« Malgré » tout seul ne pose aucun problème
Un dernier point, qui rassure souvent : toute cette discussion ne concerne que la locution suivie d’un verbe conjugué. La préposition malgré employée normalement est parfaitement correcte, courante et sans le moindre débat.
- Malgré la pluie, la séance a été maintenue.
- Malgré nos relances, le dossier n’a pas avancé.
- Il a signé malgré lui.
- Malgré tout, le résultat est encourageant.
« Malgré tout » et « malgré moi » sont deux locutions figées d’usage courant, qui ne posent aucune difficulté et qui ne doivent pas être évitées. De même, « malgré cela » est correct, même si un simple pourtant ou néanmoins fait souvent mieux l’affaire dans un texte argumenté.
Le réflexe en trois secondes
Au moment d’écrire, une seule question à se poser : qu’est-ce qui suit ?
- Un nom ou un groupe nominal ? Écrivez malgré, sans que et sans s. « Malgré sa fatigue. »
- Un verbe conjugué ? Écrivez bien que ou quoique et mettez le verbe au subjonctif. « Bien qu’il soit fatigué. »
- Un doute sur le subjonctif ? Basculez sur même si et gardez l’indicatif. « Même s’il est fatigué. »
Et si vous croisez « malgré qu’il en ait » dans un roman, vous saurez désormais que ce n’est ni une coquille ni une négligence de l’auteur, mais le seul emploi que l’Académie française valide.
La logique de cet article vaut d’ailleurs pour toute une série de tournures concessives voisines, dont quel que soit ou quelque, qui repose sur la même famille de constructions avec que.
Questions fréquentes
Oui, dans un cas précis. L’Académie française admet « malgré que » dans la langue soutenue, mais seulement avec le verbe avoir au subjonctif, comme dans « malgré qu’il en ait », qui signifie « en dépit de sa volonté ». En revanche, elle recommande d’éviter l’emploi de « malgré que » au sens de « bien que » ou « quoique », même si de nombreux écrivains l’ont pratiqué. À l’écrit, préférez « bien que », « quoique » ou « même si ».
Parce que « malgré » est une préposition, et qu’une préposition introduit un nom, pas une proposition avec un verbe conjugué. Pour introduire une subordonnée, il faut une conjonction de subordination comme « bien que » ou « quoique ». Le reproche porte donc sur la construction. Il est nuancé par le fait que d’autres locutions se sont formées exactement de la même manière, comme « après que », et que Le Bon Usage de Grevisse se montre beaucoup plus tolérant que l’Académie sur ce point.
Jamais. « Malgrés que » et « malgrès que » sont des fautes d’orthographe dans tous les contextes. « Malgré » est une préposition, donc un mot invariable, et elle ne prend pas de s, quel que soit le nombre du nom qui suit. La confusion vient de l’analogie avec « après », dont le s appartient au mot lui-même. Repère utile : le mot est formé sur « gré », comme dans « de son plein gré », qui ne prend pas de s non plus.
Oui, toujours. On écrit « bien qu’il soit fatigué » et non « bien qu’il est fatigué ». La même règle vaut pour « quoique » et « encore que », qui introduisent tous trois la proposition subordonnée conjonctive de concession et d’opposition. Si le subjonctif vous pose problème, remplacez par « même si », qui se construit au contraire avec l’indicatif : « même s’il est fatigué ».
Oui, la construction est irréprochable, puisque « le fait » est un nom et que « malgré » introduit bien un groupe nominal. Le verbe qui suit se met au subjonctif : « malgré le fait qu’il soit absent ». Le seul reproche que l’on puisse faire à cette tournure est sa lourdeur. Dans la plupart des cas, « bien que » ou simplement « malgré » suivi d’un nom produisent une phrase plus nette.
Cela signifie « en dépit de sa volonté », « à contrecœur », « quoi qu’il en pense ». L’Académie française glose l’expression par « quelque mauvais gré, si mauvais gré que j’en aie » et donne pour exemple « Malgré qu’il en ait, nous savons son secret ». Le pronom « en » et le verbe avoir au subjonctif sont indispensables : c’est ce qui distingue cet emploi, correct, de l’emploi conjonctif au sens de « bien que », qui est déconseillé.
Sources
- Académie française, Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, fiche « Questions de langue » consacrée à « Malgré que » : la locution « s’emploie bien dans la langue soutenue, mais seulement avec le verbe avoir conjugué au subjonctif », avec les exemples « malgré que j’en aie », « malgré qu’il en ait » et « malgré qu’elle en eût », glosés par « quelque mauvais gré, si mauvais gré que j’en aie ; en dépit de moi, de ma volonté » ; et, pour l’emploi de la locution conjonctive au sens de « bien que, quoique », « il est recommandé d’éviter cet emploi » encore que de nombreux écrivains l’aient utilisée. Fiche relue le 15 septembre 2026. Référence nommée pour information.
- Ministère de l’Éducation nationale, ressource d’accompagnement éduscol « Les propositions subordonnées conjonctives », français, voie générale et technologique, classes de seconde et de première, octobre 2020 : distinction entre subordonnées conjonctives complétives et circonstancielles, ces dernières étant introduites par une conjonction de subordination ou une locution conjonctive qui porte une information sémantique sur la relation entre la principale et la subordonnée ; désignation de « la proposition subordonnée conjonctive de concession et d’opposition » et énumération des conjonctions qui l’introduisent, « bien que, quoique, encore que, quelque que ». eduscol.education.gouv.fr. Consulté le 15 septembre 2026.
- Ministère de l’Éducation nationale, guide éduscol « La grammaire du français, terminologie grammaticale » : définitions de référence de la préposition, de la conjonction de coordination et de la conjonction de subordination pour l’enseignement scolaire. eduscol.education.gouv.fr. Consulté le 15 septembre 2026.
- Ministère de l’Éducation nationale, circulaire n° 2012-067 du 27 avril 2012, « Enseignement de l’orthographe à l’école, renforcement », Bulletin officiel n° 18 du 3 mai 2012 : distinction officielle entre orthographe lexicale, qui porte sur la forme des mots, et orthographe grammaticale, qui porte sur les relations entre les mots ; statut des rectifications de 1990, qui restent une référence sans être imposées, aucune des deux graphies ne pouvant être tenue pour fautive. education.gouv.fr. Consulté le 15 septembre 2026.
- Ministère de l’Éducation nationale, arrêté du 18 février 2026, programme de français du cycle 4, Bulletin officiel n° 10 du 5 mars 2026 : place de l’étude de la langue et de la subordination dans les attendus de fin de cycle, entrée en vigueur en classe de cinquième à la rentrée 2026, en quatrième en 2027 et en troisième en 2028. education.gouv.fr. Consulté le 15 septembre 2026.
- Maurice Grevisse et André Goosse, Le Bon Usage : relevé des attestations littéraires de « malgré que » au sens concessif et position plus accueillante que celle de l’Académie française. Référence nommée pour information.
- Le Robert et Larousse, dictionnaires de langue française : entrées « malgré » et « gré », emplois de la préposition et locutions figées. Références nommées pour information.