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Du tout-interdit au sur-mesure : un assouplissement voté dans la discrétion
L’attention médiatique s’est focalisée sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, reléguant au second plan l’autre mesure contenue dans le même texte : l’usage du portable dans les lycées. Pourtant, ce point a connu un revirement discret mais significatif. L’idée d’une interdiction stricte, portée par la députée Laure Miller, a été modifiée par ses collègues de la majorité.
Le texte adopté en première lecture prévoit maintenant que le règlement intérieur de chaque lycée précisera les “lieux et conditions d’utilisation” du téléphone. À défaut, son usage est interdit en cours et dans les couloirs, mais autorisé dans une zone définie de la cour. Une manière d’introduire une forme de souplesse qui, selon les députés, permettrait de responsabiliser les élèves plutôt que de les contraindre.
Une posture plus pragmatique, mais un retour à ce qui existait déjà
Pour les personnels de direction, ce changement n’a rien de révolutionnaire. Certains, comme Olivier Beaufrère du SNPDEN, y voient un simple retour à la loi de 2018, qui permettait déjà aux chefs d’établissement de fixer les règles d’usage du smartphone. « Tout ça pour ça », résume-t-il avec ironie.
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Dans de nombreux lycées, cette autonomie est déjà exercée. Certains établissements ont choisi l’interdiction totale, d’autres une régulation selon les espaces ou les moments. L’amendement ne fait donc que confirmer une pratique existante, sans poser de cadre véritablement nouveau ou unifié.
Mais cette souplesse pose aussi des questions concrètes : qu’en est-il de la pause déjeuner ? Des heures de permanence ? Les règles seront-elles claires et surtout, applicables sans tension ?
Des enjeux pédagogiques et humains derrière une mesure apparemment technique
Au-delà du texte de loi, ce débat révèle des enjeux pédagogiques profonds. Certains chefs d’établissement alertent sur les crispations qu’une interdiction mal préparée pourrait engendrer. Les élèves bien sûr, mais aussi les parents et les enseignants, pourraient se sentir pris en étau.
Faire respecter une règle exige du temps, de l’énergie, de la cohérence. Les équipes éducatives, déjà surchargées, ne veulent pas jouer les gendarmes du portable. D’où l’intérêt, pour plusieurs proviseurs, de travailler collectivement sur la question plutôt que d’imposer une règle verticale difficilement applicable.
Et maintenant ? Le Sénat devra trancher les zones grises du texte
Le texte voté à l’Assemblée n’est pas encore définitif. Il doit passer entre les mains des sénateurs dans les prochaines semaines. Plusieurs points restent à préciser, notamment l’usage du smartphone hors temps de classe : dans les cafétérias, les bibliothèques, les couloirs pendant les pauses…
La majorité espère une entrée en vigueur dès la rentrée scolaire prochaine. Mais sur le terrain, beaucoup attendent des clarifications concrètes, voire une consultation plus large avant d’appliquer des règles aux contours encore flous.
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Ce qui devait être une interdiction générale devient finalement une régulation locale, confiée aux équipes de terrain. Un choix peut-être plus réaliste, mais qui illustre aussi les limites d’une politique scolaire déconnectée du quotidien des établissements.
Sources :
- Assemblée nationale, débats du 26 janvier 2026


