Les Dossiers du Mois :

Parcoursup 2019

Toutes les clés pour réussir Parcoursup !

➜ Voir le dossier

 

Rapport de Stage

Réussir son rappport de Stage :

➜ Voir le dossier

 

Comment survivre en prépa ?

Toutes les clés pour réussir sa CPGE !

➜ Voir le dossier

 

A découvrir : Le métier de Consultant en Transformation Digitale

 

 

Réussir et obtenir son code de la route sur Codedelaroute.fr

 

 

étudier à l'étranger

 

Journées portes ouvertes dans toutes les écoles

Portrait de Pierre Benazech : l'odyssée d'un a...

Portrait de Pierre Benazech : l'odyssée d'un avocat poète

La vie est souvent injuste, et Pierre Benazech le sait : il s’escrime toujours à la rendre meilleure. Cet homme aux multiples visages tente de pallier à sa manière les injustices du monde. Toujours dans l’action, il exerce le métier d’avocat généraliste et d’enseignant en droit, mais il passe aussi une grande partie de son temps à écrire. Avec éloquence, il conte son parcours comme il raconterait la plus belle des histoires. Finalement, ce jeune toulousain livre le puzzle de sa vie : il tient à nous de le reconstruire. Et pour cela, il nous fait confiance.

Publié le 15 Février 2018 à 10h00 | | 0 avis

Portrait de Pierre Benazech : l'odyssée d'un avocat poète

« Il existe un mythe du poète bohème : celui-ci serait toujours dans la contemplation, commence Pierre Benazech, mais personnellement, j’ai besoin d’être dans l’action, la rencontre et la découverte. Je suis quelqu’un qui s’ennuie très vite. » Et pour cause, cet homme est un touche à tout : écrivain, avocat et enseignant, il suit aussi des cours de théâtre en anglais, et pratique le kravmaga, un sport de combat combinant des techniques provenant de la boxe, du muay-thaï, du judo, du ju-jitsu et de la lutte. Quel est son secret ? Pourquoi se consacre-t-il à autant d’activités différentes ? Lui affirme que cette vie lui convient, qu’il l’a choisie.

Bien sûr, aucune force extérieure ne l’a poussé à entreprendre autant d’activités différentes. Mais quelque part, il le reconnaît, il a en a besoin. D’ailleurs, il est animé d’une extrême soif de justice depuis son plus jeune âge. Peut-être que l’écriture de fiction lui permet aussi de défendre des causes auxquelles il croit ? Peut-être aussi que Pierre Benazech est un homme vraiment libre. Mais cette liberté a sûrement un prix. Aurait-il choisi les barreaux de sa propre prison ? Il confie : « Ce que j’aime dans le métier d’avocat, c’est la liberté : choisir mes dossiers, mes clients, la manière dont je travaille et dont je m’exprime ». Attiré par l’idéal des Lumières, il est un homme comme on en croise peu : passionné, sensible, et surtout… sincère.

➜ À voir aussi : Ga Young Lim, la chanteuse lyrique sud-coréenne

 

Avocat, écrivain, et plus encore : les différentes faces d’une même personne

La sincérité et l’éloquence, le droit et l’écriture, la prison et la liberté : Pierre Benazech est toujours dans l’entre-deux. Il connaît cette vérité : il est à la fois maître et prisonnier de son destin. Car l’écriture est pour lui plus qu’un simple plaisir : « Amélie Nothomb affirme qu’elle est hantée par ses personnages. Personnellement, je ne suis pas hanté par eux : cette expression évoque une malédiction, alors que pour moi, ce n’est pas quelque chose de négatif. Mais des fois, je pense à mes personnages : ils me réclament. J’ai besoin d’inventer leurs histoires. Finalement, l’écriture est à la fois une libération et un esclavage ». Et l’avocat sait bien tout cela, car il est à la fois dans l’action et l’introspection. Il cite, pour illustrer ses propos, le poète Rilke : « Il disait que pour savoir si l’on est un écrivain, il faut se demander si l’on peut vivre sans écrire. Pour moi, la réponse est non ! Je ne conçois pas ma vie sans l’écriture ».

Même au Barreau, cette ambivalence peut parfois se faire ressentir : l’écrivain affirme avec humour qu'il lui est déjà arrivé d'écrire un poème sur les bancs d'une salle d'audience avant que le juge n'appelle son affaire. Il précise que « les tribunaux sont engorgés, les avocats doivent attendre que leur dossier soit appelé, parfois pendant des heures ». Il ajoute que « le métier d'écrivain et celui d'avocat ont des points communs. Il faut savoir manier les mots. Les faire peser de tout leur poids ». Car finalement, « quand je travaille en tant qu’avocat, explique-t-il, je ne sais pas si je me mets en scène. Mais je dois quand même convaincre, persuader et être entendu. Même si je ne peux pas dire que je fais du théâtre, il y a tout de même une sorte de surmoi qui intervient ». Pour cela, le théâtre l’aide : il apprend à placer sa voix. Une voix qu’il offre à ses élèves en cours, car il est aussi enseignant de droit auprès d’élèves en mode et en audiovisuel.

Toutes ses activités lui sont essentielles, car en plus de son métier d’avocat et de son activité d’écrivain, il lui est important de pratiquer le théâtre et le kravmaga : « Le théâtre est un double défi : à la fois pour parfaire mon éloquence, et pour pratiquer la langue de Shakespeare. C’est une langue que j’aime beaucoup et que je pratique assez peu dans mon quotidien ». C’est finalement pour lui un moyen de garder ce contact avec l’anglais, une langue qui lui permet sûrement de se dévoiler autrement.

Enfin, le sport de combat, le kravmaga, qui est un perfectionnement des arts martiaux, qui « a été inventé par un boxeur tchécoslovaque pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui avait pour but de permettre à des jeunes juifs de se défendre dans la rue. ». C’est un sport violent mais qui n’empêche pas pour autant de réfléchir : « Si quelqu’un sort un couteau pour prendre mon portefeuille : je lui donne. Je ne vais pas risquer ma vie pour 20 euros. Mais lorsque le danger ne peut être évité, connaître les techniques et les réflexes pour s’en sortir, c’est important ». Et comme il l’admet, il y a une tension palpable au tribunal, et notamment à la cour d’assises. Il arrive que certains avocats soient menacés. Mais le métier de l’avocat est essentiel, comme il tient à le souligner.

➜ À voir aussi : Christophe Viton : quand profession rime avec passion

 

Les idéaux de Pierre Benazech : la justice et la beauté des mots

Pierre Benazech regrette que son métier soit mal compris par un grand nombre de personnes. Souvent, on l’interroge : « Comment faites-vous pour défendre des monstres ? Pourquoi les défendez-vous ? » Et selon lui, la réponse est évidente : il n’y a pas de démocratie sans justice, sans procès équitable. « Et tout procès équitable implique pour chacun de pouvoir se défendre et d’être représenté par un avocat. Il est bon, parfois, de rappeler certaines vérités ». Pour illustrer ses propos, il donne un exemple parlant : l’affaire Merah !

« Mohamed Merah est le terroriste qui a tué plusieurs personnes à Toulouse et à Montauban. Dans cette affaire, les réseaux sociaux se sont enflammés, et le rôle de l’avocat a été très critiqué. Ce qui m’a marqué, c’est le fait qu’une personne ait voulu se faire justice elle-même. Elle a agressé quelqu’un qu’elle pensait être la mère de Mohamed Merah. Malheureusement, elle connaissait tellement peu le dossier que finalement, elle a agressé la mère de la première victime de Merah. Il est important de rappeler que ce n’est pas parce qu’une femme porte le voile qu’elle est terroriste : elle peut elle-même être victime du terrorisme. » Une sentence très vraie, puis l’avocat poursuit : « La justice est quelque chose de compliqué : il y a parfois un engouement médiatique. Des personnes extérieures au dossier sont parfois amenées à donner un jugement hâtif ». Il regrette le rôle des réseaux sociaux dans ce genre d’histoires.

Et parfois, au tribunal, il y a aussi des moments très durs. Pierre Benazech affirme tenir le coup car il a toujours été « très solide mentalement ». Et personne ne peut le détromper. D’ailleurs, son exutoire, l’écriture, lui offre aussi une seconde vie. Il peut mettre en scène des personnages, visiter son imagination, loin de tout. C’est une manière de s’éloigner de la civilisation : le soir, chez lui, sa fenêtre donnant sur un pont toulousain, c’est le moment où il préfère écrire.

➜ À voir aussi : Axel Waeckerlé : "Faire d'un grand mal un grand bien"

 

L’écriture : une passion d’enfance, des prix, un second souffle de vie !

« L’écriture m’a paru nécessaire dès le plus jeune âge : ma rencontre avec la fiction s’est faite bien avant celle avec le droit. Enfant, j’adorais imaginer des mondes dans lesquels je pouvais m’évader. Je m’inventais des héros et des aventures que je retraçais parfois dans mes cahiers de brouillon. A l’époque je ne faisais pas encore de recherches sur la beauté de l’écriture, sur la poésie. Mon souhait : que mes rêves éveillés ne s’évanouissent pas ». C’était un moyen pour Pierre Benazech de rendre ses aventures et ses rêves éternels. Il rencontre ensuite la poésie, et ce à l’adolescence : « J’ai découvert Les Fleurs du mal de Baudelaire et Les Illuminations de Rimbaud ». Il est profondément marqué par ces ouvrages. Par ailleurs, il écoute beaucoup de rap, à cette époque, « notamment IAM et MC Solaar », qu’il considère comme des poètes modernes. « J’ai donc commencé à écrire des rimes. » Peu après l’obtention du baccalauréat, il auto-édite ses premières histoires : « Les retours ont été très positifs, autant des lecteurs que des libraires ». Prenant confiance en lui, il envoie ses manuscrits à des maisons d'édition. Peu à peu, ses textes sont publiés. Il est en fait publié bien avant d’être avocat.

L’auteur a d’ailleurs écrit une histoire plus ou moins autobiographique, qui peut évoquer l’ambiance des films de Miyazaki, « même si l’histoire est bien différente. J’adore Le Voyage de Chihiro. Pour moi, le réalisateur japonais est au panthéon ! ». Ce récit est son premier roman, publié très jeune : « Le Piano Aphone, prend plutôt l’apparence d’un conte, comme d’un Alice au pays des Merveilles moderne. » Ce livre, commence avec un jeune homme, Pierre, comme lui, qui s’endort dans un train : « Quand il se réveille, le train est vide. Il est arrivé à la gare des âmes et ne comprend pas ce qu’il se passe. Il apprend que les lieux sont réservés aux personnes défuntes. Pierre y fait d'incroyables rencontres : un fantôme amnésique, un anaconda hôtel, une machine à laver les ombres... ». Cette manière de se mettre en scène serait-elle une manière, pour l’écrivain, de présenter les côtés improbables de sa vie d’avocat ? Peut-être cherche-t-il un sens à la folie de la vie ?

Pierre Benazech n’y répondra pas. Mais pour ôter ses doutes, il aime candidater à des concours. Son dernier prix, il l’obtient au concours international de poésie Castello Di Duino mis en place par l’UNESCO. « Je participe généralement à 3-4 concours par an. Je le recommande à tout écrivain. Cela oblige à s’astreindre à une discipline : au respect d’un délai. Si on est primé, c’est une mise en lumière, et cela fait aussi plaisir à l’ego. » Car parfois, comme tout le monde, il a des moments de doute par rapport à son écriture : « Est-ce que je produis de la qualité ? Est-ce que cela mérite d’être lu ? Une réponse favorable permet de se rassurer, d’être encouragé. Même si on n’est pas primé, on sera allé au bout de son œuvre. On l’aura terminée, relue, et fait lire. Je le conseille à tous, et encore plus aux plus jeunes ». Et son œuvre, Pierre Benazech la commence seulement. Espérons qu’il aille encore plus loin, car l’avocat et écrivain, ou l’écrivain et avocat, est finalement très bien parti !

➜ Plus de portraits, suivez le lien : Parcours atypique