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- Une décision budgétaire adoptée dans la discrétion, sans débat public ni annonce politique
- Une perte mensuelle qui déséquilibre des budgets déjà fragiles
- Des étudiants déjà soumis à un régime financier nettement plus contraignant
- Une économie affichée sans analyse globale de l’impact économique réel
- L’attractivité universitaire française fragilisée dans un contexte de concurrence internationale
- Un silence institutionnel qui alimente les critiques et la défiance
- Une mobilisation étudiante en préparation, avant même la publication du décret
Une décision budgétaire adoptée dans la discrétion, sans débat public ni annonce politique
La suppression des APL figure dans un amendement intégré à l’article 67 du budget 2026, adopté via le 49.3. Le dispositif vise exclusivement les étudiants étrangers hors Union européenne non boursiers, qui perdront tout accès aux aides au logement.
Le contraste est frappant. Alors que les APL ont été dégelées pour le reste de la population, conformément aux engagements pris pour éviter une censure parlementaire, elles sont purement supprimées pour ce public précis. Aucune prise de parole ministérielle n’est venue expliciter ce choix.
Une perte mensuelle qui déséquilibre des budgets déjà fragiles
Aujourd’hui, 130 700 étudiants étrangers non européens perçoivent les APL. Selon l’évaluation préalable du Sénat, près de trois quarts d’entre eux ne sont pas boursiers et seraient directement concernés par la mesure.
La perte est estimée entre 100 et 250 euros par mois, selon une coalition d’une vingtaine de syndicats et d’ONG. Pour des étudiants dont le budget repose souvent sur un équilibre précaire, cette somme peut suffire à remettre en cause un logement, voire la poursuite des études.
Des étudiants déjà soumis à un régime financier nettement plus contraignant
La suppression des APL ne s’ajoute pas à une situation neutre. Depuis le plan « Bienvenue en France » de 2018, ces étudiants acquittent des frais d’inscription jusqu’à dix fois supérieurs à ceux des étudiants français ou européens, sans accès aux bourses nationales.
Leur quotidien coûte également plus cher. Un repas au CROUS à 3,30 euros, contre 1 euro pour un boursier, des titres de séjour renouvelés chaque année pour environ 75 euros, et un droit au travail plafonné à 964 heures par an.
Selon l’UNEF, 62 % de ces étudiants ont déjà recours à l’aide alimentaire, contre 22 % des étudiants français. La suppression des APL vient donc frapper un public déjà fortement exposé à la précarité.
Une économie affichée sans analyse globale de l’impact économique réel
Le gouvernement justifie la mesure par la nécessité de rationaliser la dépense publique. Pourtant, aucune étude d’impact publique ne compare les 100 millions d’euros économisés aux contributions économiques générées par ces étudiants.
Loyers, consommation courante, frais de scolarité majorés, cotisations sociales issues des emplois étudiants : autant de flux financiers absents du raisonnement budgétaire présenté. La question demeure : l’économie annoncée est-elle réellement positive pour les finances publiques ?
L’attractivité universitaire française fragilisée dans un contexte de concurrence internationale
La France occupe aujourd’hui la sixième place mondiale des destinations d’études pour les étudiants internationaux. Ses principaux bassins de recrutement, notamment en Afrique de l’Ouest et au Maghreb, sont aussi ceux que ciblent activement le Canada et l’Allemagne.
Dans ces pays, les politiques d’accueil et d’accompagnement constituent un levier central d’attractivité. En France, les premiers témoignages d’étudiants envisageant de changer de destination circulent déjà, nourrissant l’inquiétude des établissements.
Un silence institutionnel qui alimente les critiques et la défiance
L’exposé des motifs de l’amendement évoque des étudiants dont « la situation financière personnelle ou familiale est déjà satisfaisante », sans données chiffrées à l’appui. Aucun élément public ne vient étayer cette affirmation.
Campus France, chargé de promouvoir l’enseignement supérieur français à l’international, n’a pas réagi. Manuel Domergue, responsable des études à la Fondation pour le logement, a dénoncé dans Rapports de force une promesse rompue, estimant que le Premier ministre aurait « menti » en affirmant préserver les APL.
Une mobilisation étudiante en préparation, avant même la publication du décret
Le décret d’application reste à paraître. Mais les organisations étudiantes et associatives ont déjà engagé la mobilisation.
Pour elles, la suppression des APL ne relève pas d’un simple ajustement budgétaire. Elle constitue un signal politique fort, susceptible de redéfinir durablement la place des étudiants étrangers dans l’enseignement supérieur français.


