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Quand « monter » impose l’auxiliaire avoir parce qu’il agit sur quelque chose
La première situation est la plus simple. Dès que monter a un complément d’objet direct, l’auxiliaire avoir s’impose sans discussion possible. Le verbe exprime alors une action exercée sur quelque chose.
On dira ainsi : il a monté les marches, elle a monté les œufs en neige, ils ont monté un dossier solide. Dans tous ces cas, on peut répondre à la question monter quoi ? et c’est précisément cette réponse qui verrouille l’usage de avoir.
Cette règle vaut pour de nombreux verbes de mouvement devenus transitifs. Le déplacement passe au second plan, au profit de l’action réalisée. Le choix de l’auxiliaire ne reflète plus un changement d’état, mais une opération menée à bien.
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Pourquoi « être » apparaît dès que le mouvement devient central
Les choses se compliquent lorsque monter n’a plus de complément direct. Là, le français ouvre une porte. Quand le sujet est une personne et que l’on insiste sur le déplacement ou la position atteinte, l’auxiliaire être est le plus naturel.
On dira : elle est montée à l’étage, les enfants sont montés sur scène, il est monté dans le train. Ici, le verbe décrit un mouvement accompli par le sujet lui-même. Le résultat compte davantage que l’action brute.
C’est souvent cette construction qui vient spontanément à l’esprit à l’oral. Elle correspond à une perception concrète, presque visuelle, du déplacement. Le français privilégie alors être, comme pour aller, venir ou arriver.
Le cas délicat des phénomènes abstraits où les deux formes cohabitent
Lorsque monter ne concerne plus un corps qui se déplace mais une intensité, un niveau ou un phénomène abstrait, la frontière devient floue. C’est là que surgissent les hésitations.
On peut dire aussi bien le ton est monté que le ton a monté. La différence est ténue. Avec avoir, on insiste légèrement sur l’évolution, sur le processus. Avec être, on met davantage l’accent sur l’état atteint.
Ce glissement existe avec d’autres verbes. Commencer, stationner, divorcer acceptent parfois les deux auxiliaires. Dire le camion est stationné décrit une situation, tandis que le camion a stationné évoque plutôt l’action. Dire elle est divorcée insiste sur l’état civil, alors que elle a divorcé rappelle l’événement.
Une clé de lecture pour choisir sans hésiter entre être et avoir
Pour trancher, une question simple suffit souvent. Souhaite-t-on mettre en avant l’action ou le résultat ? Lorsque l’action domine, avoir s’impose plus volontiers. Lorsque l’on décrit un état, une situation ou un changement accompli, êtredevient naturel.
Cette liberté n’est pas une faiblesse de la langue. Elle permet d’affiner le sens, de nuancer le propos, parfois presque à l’insu de celui qui parle. Ces choix minuscules donnent au français sa précision et sa souplesse.
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Hésiter entre il est monté et il a monté, ce n’est donc pas bafouiller. C’est naviguer dans une langue qui laisse la place à l’intention, au point de vue et à la nuance. Et c’est précisément là que réside son élégance.


