« Continuer à » ou « continuer de » : une distinction subtile, mais révélatrice de votre style

Dans les dédales raffinés de la langue française, il est des questions qui semblent anodines et qui pourtant en disent long sur notre manière d'écrire, de parler, voire de penser. L’emploi de "continuer à" ou "continuer de" en fait partie. Grammaticalement corrects tous les deux, ces deux tours ne sont pourtant pas toujours interchangeables.

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Oui, les deux formes sont grammaticalement justes, mais pas toujours équivalentes

Commençons par ce qui rassure : aucune des deux formules n’est fautive. Que l’on dise « il continue à parler » ou « il continue de parler », les deux sont admises par la grammaire française. Pourtant, une différence de ton et d’usage peut apparaître, selon le registre ou le contexte.

« Continuer de » est souvent perçu comme plus littéraire, soutenu, voire un brin solennel. On le retrouve dans les romans classiques, la presse écrite ou les essais. Il installe une distance, une légèreté dans la tournure.

« Continuer à », lui, est plus neutre et courant. Il s’emploie spontanément à l’oral, dans la langue quotidienne, les dialogues, ou les consignes simples. Son usage se veut plus direct, plus concret.

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Le sens lui-même peut varier selon la préposition employée

Parfois, le choix entre « à » et « de » n’est pas qu’une affaire de goût : il influe sur la portée du verbe. Subtilement, certes, mais réellement.

  • « Continuer à » s’utilise plutôt pour exprimer une action qui se prolonge dans le temps. Exemple : « Ils ont continué à parler longtemps après la réunion. » L’idée est que l’action, déjà engagée, se poursuit.
  • « Continuer de » insiste davantage sur l’aspect répété ou installé d’un comportement. Par exemple : « Il continue de fumer, malgré les avertissements. » L’accent est mis sur une habitude persistante, presque entêtée.

Ces nuances ne sautent pas toujours aux yeux, mais elles permettent d’affiner la pensée et d’adapter son discours à l’intention du message.

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Au-delà du sens et du registre, il y a le son. Oui, la préférence peut se jouer à l’oreille. Certaines constructions sonnent mieux que d’autres, tout simplement.

Prenez : « Elle continue à apprendre ». Le « /a a/ » peut créer un hiatus, une petite accroche dans la fluidité. « Elle continue d’apprendre », en revanche, est plus fluide, plus musicale.

Cela paraît dérisoire, mais dans un discours soigné ou une prose écrite, la sonorité fait la différence. Les grands stylistes y sont attentifs, et même à l’oral, un discours coule mieux quand il évite les chocs de voyelles.

En bref : comment choisir intelligemment entre « continuer à » et « continuer de » ?

Voici quelques repères simples pour faire le bon choix selon le contexte :

  • Privilégiez « continuer à » si l’action est concrète, visible, actuelle.
  • Optez pour « continuer de » si vous évoquez une habitude, un comportement ou un style plus soutenu.
  • Fiez-vous à votre oreille : la musicalité de la phrase peut être un excellent juge.
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Et surtout, souvenez-vous que vous avez le choix. Aucune règle rigide, juste des options stylistiques. C’est là tout le charme de la langue française : entre rigueur grammaticale et liberté d’expression, elle nous offre toujours des nuances à explorer.


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