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- Une étude de la Depp révèle des différences de langage troublantes dans les appréciations scolaires
- Les filles sont décrites comme « sérieuses » et « appliquées », les garçons comme « brillants » ou « capables »
- Ces biais langagiers peuvent influencer les choix d’orientation vers les filières scientifiques
- Le ministère prévoit des formations pour sensibiliser les enseignants à ces biais inconscients
- Que faire si vous constatez ce type de formulation sur votre propre bulletin ?
Une étude de la Depp révèle des différences de langage troublantes dans les appréciations scolaires
La Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) vient de publier une analyse inédite des bulletins scolaires français. En étudiant des milliers d’appréciations, les chercheurs ont découvert que les enseignants n’utilisent pas les mêmes mots pour décrire les performances des filles et des garçons, même quand leurs notes sont identiques.
Cette étude s’inscrit dans un travail plus large sur les biais inconscients dans l’éducation. Elle pose la question de l’impact de ces formulations sur la confiance en soi et les choix d’orientation des élèves.
Les filles sont décrites comme « sérieuses » et « appliquées », les garçons comme « brillants » ou « capables »
L’analyse textuelle des bulletins montre des patterns récurrents. Pour les filles, les adjectifs les plus fréquents sont : sérieuse, appliquée, travailleuse, soignée, attentive. Ces termes valorisent l’effort et la conformité aux attentes scolaires.
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Pour les garçons, le vocabulaire diffère : brillant, capable, potentiel, intelligent, vif. Ces mots suggèrent des qualités innées plutôt qu’un travail fourni. Un garçon moyen sera décrit comme « capable de mieux faire », tandis qu’une fille moyenne sera « sérieuse mais peut progresser ».
Ces biais langagiers peuvent influencer les choix d’orientation vers les filières scientifiques
Les chercheurs de la Depp établissent un lien entre ces formulations et l’autocensure des filles dans certaines filières. Une élève régulièrement décrite comme « travailleuse » peut intérioriser l’idée que ses résultats viennent de l’effort, pas de ses capacités. Face à une orientation ambitieuse, elle hésitera davantage.
À l’inverse, un garçon qualifié de « brillant » ou « doué » développera plus facilement une confiance en ses aptitudes innées. Il osera candidater à des formations sélectives même avec un dossier moyen. Cette asymétrie contribue à expliquer la sous-représentation des femmes dans les filières scientifiques et d’ingénierie.
Le ministère prévoit des formations pour sensibiliser les enseignants à ces biais inconscients
À la suite de cette étude, le ministère de l’Éducation nationale annonce vouloir intégrer la question des biais de genre dans la formation initiale et continue des enseignants. L’objectif n’est pas de culpabiliser, mais de rendre visibles ces automatismes pour mieux les corriger.
Des outils concrets devraient être proposés : grilles d’appréciation neutres, formations à l’écriture inclusive des bulletins, sensibilisation aux stéréotypes. Certaines académies expérimentent déjà ces dispositifs depuis la rentrée 2025.
Que faire si vous constatez ce type de formulation sur votre propre bulletin ?
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Si vous êtes lycéen ou étudiant et que vous remarquez des appréciations qui vous semblent biaisées, vous pouvez en discuter avec votre professeur principal ou le CPE. L’objectif n’est pas d’accuser, mais d’ouvrir le dialogue sur la façon dont ces mots peuvent être perçus.
Pour les parents, cette étude invite à lire les bulletins avec un œil critique. Un enfant décrit comme « travailleur » mérite aussi d’entendre qu’il est « capable » et « intelligent ». Ces mots comptent dans la construction de l’estime de soi et des ambitions futures.


