Compter sur ses doigts : une méthode simple, naturelle et efficace pour apprendre les maths, selon une étude suisse

On l’a tous fait un jour. Trois doigts levés pour 3 + 2, ou les deux mains bien à plat pour une soustraction. Et si cette habitude enfantine n’était pas un frein, mais une clé vers la compréhension ?

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Avant 7 ans, utiliser ses doigts pour compter favorise l’apprentissage, et ce n’est pas qu’une intuition de parent

Les enfants adorent manipuler. Leur corps est leur premier outil pour penser. Compter sur ses doigts est donc un réflexe logique. Pendant longtemps, certains adultes ont vu cela comme une preuve d’immaturité ou de manque de rigueur. C’était une erreur. Aujourd’hui, les chercheurs s’accordent : avant 7 ans, c’est une pratique précieuse.

Pourquoi ? Parce que les jeunes enfants n’ont pas encore une mémoire de travail très stable. En comptant sur leurs doigts, ils libèrent leur esprit, peuvent se concentrer sur le raisonnement, et éviter de se perdre dans des calculs abstraits.

Plusieurs études, dont une récente menée par l’Université de Lausanne, montrent que les enfants qui utilisent leurs doigts dès la maternelle réussissent mieux en calcul mental. Ce n’est pas un hasard. Le geste active des zones spécifiques du cerveau, liées à la motricité et au traitement des quantités. Les doigts deviennent une extension de la pensée mathématique.

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Les enfants qui arrêtent naturellement de compter sur leurs doigts sont souvent ceux qui ont le plus progressé

Une chose m’a particulièrement frappé dans cette étude : les enfants qui réussissent le mieux à 7 ans sont souvent ceux qui, plus jeunes, comptaient sur leurs doigts. Ils ont ensuite abandonné cette méthode naturellement, à mesure qu’ils gagnaient en automatisme.

Et c’est justement ce parcours qui compte : d’abord manipuler, puis mentaliser. Ceux qui n’ont jamais utilisé leurs doigts étaient en réalité les moins bons en calcul. Et ceux qui commencent tardivement à s’en servir peinent davantage à progresser. Comme si le train était passé.

Ce que cela montre ? Que les doigts sont une étape de transition, une béquille utile, pas une habitude à briser. Forcer un enfant à « penser de tête » trop tôt, c’est comme lui demander de faire du vélo sans petites roues dès le premier jour. Il tombera. Et risque de perdre confiance.

Apprendre les maths en bougeant : les doigts, mais aussi les gestes, les objets, les corps entiers

Le comptage digital n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il s’inscrit dans une approche plus large : celle de la cognition incarnée. Autrement dit : on apprend mieux quand on bouge, quand on manipule, quand on fait.

Voici quelques pratiques qui fonctionnent à merveille :

  • Tracer les chiffres dans l’air avec ses mains pour en mémoriser la forme
  • Utiliser des objets (bâtonnets, billes, bouchons) pour représenter des quantités
  • Marcher ou sauter pour matérialiser une suite numérique

Ces approches multisensorielles renforcent les connexions entre les concepts abstraits et le vécu de l’enfant. Elles permettent aussi de s’adapter à des profils d’apprenants variés, notamment les enfants qui ont du mal avec les représentations strictement symboliques.

Laisser les enfants utiliser leurs doigts, c’est aussi une façon de leur faire confiance dans leur cheminement

Derrière cette question des doigts se cache en réalité une vision de l’apprentissage. Accompagne-t-on l’enfant dans ses stratégies naturelles, ou cherche-t-on à lui imposer une méthode « idéale » qui conviendrait à tous ?

L’étude suisse nous invite à écouter davantage les signaux faibles. Quand un enfant compte sur ses doigts, ce n’est pas une paresse. C’est une stratégie. Quand il les abandonne, c’est qu’il n’en a plus besoin. Et ce passage, ce glissement progressif, est une preuve d’évolution, pas un caprice.

Les enseignants ont ici un rôle clé. En observant, en valorisant, en ouvrant l’éventail des possibles, ils permettent aux enfants de progresser à leur rythme. Et aux parents ? De ne plus s’inquiéter quand ils voient leur petit lever cinq doigts pour dire « 5 ». Parce que, franchement, c’est exactement comme ça qu’on apprend.

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Sources : Étude de l’Université de Lausanne relayée par l’Association américaine de psychologie · Analyse publiée dans The Conversation par Jennifer Way et Katherin Cartwright (Université de Sydney)


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