Première partie — Mobilisation des connaissances (4 points)
Question : Vous expliquerez une difficulté soulevée par les chocs asymétriques dans le cadre de la zone euro.
Un choc asymétrique désigne un choc économique (récession, choc d'offre, poussée inflationniste) qui n'affecte pas de la même manière tous les pays membres d'une union monétaire : certains peuvent être fortement touchés tandis que d'autres le sont peu ou pas du tout.
Dans le cadre de la zone euro, la politique monétaire est conduite de façon unique et indépendante par la Banque centrale européenne (BCE). Celle-ci fixe un taux d'intérêt directeur commun à l'ensemble des pays membres. Or, face à un choc asymétrique, ce taux unique est nécessairement inadapté à la diversité des situations nationales. Si un pays membre entre en récession (choc négatif) tandis que d'autres connaissent une expansion, la BCE ne peut pas abaisser ses taux pour relancer l'économie du pays en difficulté sans risquer de surchauffer les autres. Inversement, une politique monétaire restrictive visant à contenir l'inflation dans les pays dynamiques peut aggraver la récession dans les pays touchés par un choc négatif.
Par ailleurs, les États membres ne peuvent plus recourir à la dévaluation de leur monnaie pour rétablir leur compétitivité extérieure, cet instrument ayant disparu avec l'adoption de la monnaie unique. La politique budgétaire nationale reste disponible mais est contrainte par les traités européens (notamment les règles de déficit public). Il en résulte un défaut de coordination des politiques économiques : face à un choc asymétrique, l'absence d'instruments macroéconomiques nationaux adaptés peut creuser les divergences économiques entre pays membres et rendre l'ajustement difficile et coûteux en termes d'emploi et de croissance.
Deuxième partie — Étude d'un document (6 points)
Document : Vote systématique aux élections nationales de l'année en 2002, 2012 et 2022 par âge et diplôme (en % des inscrits)
Question 1 (2 points) : À l'aide des données du document et d'un calcul simple, vous comparerez l'évolution du vote systématique des 18-29 ans à celle de l'ensemble de la population entre 2012 et 2022.
Entre 2012 et 2022, le vote systématique recule pour l'ensemble de la population et pour les 18-29 ans, mais de façon inégale.
Pour l'ensemble de la population, le vote systématique passe de 47,8 % à 37 %, soit une baisse de 10,8 points.
Pour les 18-29 ans, il passe de 26,8 % à 17,3 %, soit une baisse de 9,5 points en valeur absolue.
En termes relatifs, la baisse est cependant bien plus prononcée chez les jeunes : taux de variation de (17,3 − 26,8) / 26,8 × 100 ≈ −35,4 %, contre (37 − 47,8) / 47,8 × 100 ≈ −22,6 % pour l'ensemble de la population.
Ainsi, si la baisse en points est légèrement plus faible chez les 18-29 ans, la proportion de votants systématiques dans cette classe d'âge a reculé proportionnellement bien plus fortement que dans l'ensemble de la population. Les jeunes, déjà les moins enclins à voter systématiquement en 2012, s'en éloignent encore davantage, creusant l'écart avec les générations plus âgées.
Question 2 (4 points) : À l'aide du document et de vos connaissances, vous montrerez que l'engagement politique dépend de variables sociodémographiques.
L'engagement politique désigne les différentes formes par lesquelles les citoyens participent à la vie politique : le vote en est la forme la plus courante et la plus mesurable, mais il inclut aussi le militantisme, l'engagement associatif ou la consommation engagée. Le document mesure l'engagement électoral sous la forme du vote systématique et montre qu'il varie fortement selon plusieurs variables sociodémographiques.
L'âge constitue une première variable déterminante. En 2022, 47,7 % des 65 ans et plus votent systématiquement, contre seulement 17,3 % des 18-29 ans. Cet écart considérable s'est encore creusé entre 2012 et 2022 (voir question 1). Les personnes plus âgées disposent de ressources civiques plus solides (intérêt plus marqué pour la politique, sentiment de compétence politique développé, ancrage social plus fort) et ont pris l'habitude du vote au fil des scrutins.
Le diplôme constitue une deuxième variable explicative claire. En 2022, 43,7 % des diplômés de l'enseignement supérieur votent systématiquement, contre 28,8 % des personnes sans diplôme. Plus le niveau de diplôme est élevé, plus la participation électorale est forte. Le diplôme favorise l'intérêt pour les enjeux politiques et renforce le sentiment que son vote peut peser sur les décisions collectives.
Les connaissances du programme permettent d'ajouter la catégorie socioprofessionnelle (CSP) : les cadres et professions intellectuelles supérieures participent davantage à la vie politique que les ouvriers ou les personnes en situation de précarité, en partie parce que leur position sociale leur confère un sentiment plus fort d'être concernés et écoutés par les décideurs. Le sexe est également une variable historiquement significative : les femmes votaient moins que les hommes dans les premières décennies du suffrage universel, un écart qui s'est progressivement résorbé.
L'engagement politique, notamment sous sa forme électorale, n'est donc pas le fruit d'un choix purement individuel : il est fortement structuré par des variables sociodémographiques qui déterminent les ressources et les dispositions à participer à la vie collective.
Troisième partie — Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire (10 points)
Sujet : À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la productivité des firmes sous-tend la compétitivité d'un pays, c'est-à-dire son aptitude à exporter.
Introduction
La compétitivité d'un pays désigne son aptitude à vendre ses biens et services sur les marchés internationaux dans des conditions favorables. Elle se décline en deux dimensions complémentaires : la compétitivité-prix, qui renvoie à la capacité à proposer des produits moins coûteux que la concurrence, et la compétitivité hors-prix (ou structurelle), fondée sur la qualité, l'innovation et la différenciation des produits. La productivité des firmes, mesurée notamment par la productivité globale des facteurs (PGF), qui rapporte la production à l'ensemble des facteurs de production utilisés, est un déterminant fondamental de ces deux dimensions.
Nous montrerons d'abord que la productivité des firmes améliore la compétitivité-prix en maîtrisant les coûts de production (I), avant d'expliquer qu'elle renforce également la compétitivité hors-prix en permettant l'innovation et la montée en gamme (II).
I. La productivité des firmes améliore la compétitivité-prix et favorise l'accès aux marchés extérieurs
La productivité d'une firme mesure l'efficacité avec laquelle elle transforme ses facteurs de production en output. Une hausse de la productivité permet de produire davantage à coût constant, ou la même quantité à moindre coût, ce qui réduit le coût unitaire de production et autorise, à marge identique, une baisse des prix à l'exportation.
Le lien entre productivité et coût salarial unitaire est particulièrement décisif. Si la productivité du travail augmente plus vite que les salaires nominaux, le coût salarial unitaire, soit le coût du travail par unité produite, diminue, renforçant la compétitivité-prix. Le document 3 illustre des situations nationales contrastées. En Allemagne, la PGF progresse de 12 points entre 2000 et 2022 (indice passant de 100 à 112), tandis que le salaire moyen par tête n'augmente que de 15 points (indice 115). Les gains de productivité ont contribué à contenir les coûts salariaux unitaires et soutenu la forte compétitivité allemande à l'exportation. Aux États-Unis, la PGF augmente encore plus fortement (+17 points), ce qui contribue à compenser une partie de la hausse des salaires de 27 points et peut soutenir la compétitivité.
À l'inverse, en France, la PGF stagne sur l'ensemble de la période (indice 101 en 2022) tandis que les salaires progressent de 21 points (indice 121) : cet écart se traduit par une dégradation des coûts salariaux unitaires et une érosion de la compétitivité-prix française. L'Espagne présente une quasi-stagnation de la PGF (indice 102 en 2022), mais ses salaires restent stables (indice 100), ce qui rappelle que la compétitivité par les coûts dépend de l'évolution relative de la productivité et des salaires.
Ainsi, les firmes les plus productives peuvent proposer des prix plus bas sur les marchés internationaux, augmentant leur part de marché à l'exportation.
II. La productivité des firmes renforce la compétitivité hors-prix, autre déterminant essentiel de l'aptitude à exporter
Au-delà du prix, les firmes les plus productives peuvent investir dans l'innovation et la montée en gamme de leurs produits, améliorant ainsi leur compétitivité hors-prix. La différenciation par la qualité et l'innovation permet d'exporter des produits dont la demande est moins sensible au prix, conférant un avantage comparatif plus durable.
Le document 2 illustre ce mécanisme à travers le cas d'Aequs Aerospace France, sous-traitant aéronautique de Cholet. Cette entreprise investit 2 millions d'euros dans une machine d'usinage cinq axes à très haute vitesse, répondant à un « impératif de productivité demandé par [son] principal client ». Cet investissement lui permet de produire des « pièces aéronautiques complexes et à forte valeur ajoutée » (trains d'atterrissage pour l'Airbus A320, l'ATR 72, le Falcon 7X de Dassault) relevant typiquement d'une compétitivité hors-prix élevée. La hausse de productivité ouvre en outre l'accès à de nouveaux marchés, notamment les pièces de prototypage, positionnant l'entreprise sur les prochaines générations de motorisations. Résultat : le chiffre d'affaires est passé de 6,5 à 11 millions d'euros depuis 2022, avec une croissance de 20 % depuis la sortie de crise du Covid, et dix emplois créés.
Le document 1 confirme à l'échelle nationale que les secteurs dégageant les excédents commerciaux les plus élevés en France (septembre 2023 – août 2024) sont des secteurs dans lesquels la productivité, le savoir-faire et la différenciation peuvent soutenir la compétitivité à l'exportation : l'industrie aéronautique et spatiale (57,1 milliards d'euros d'exportations pour 27,7 milliards d'importations), la chimie, parfums et cosmétiques (75,4 milliards d'euros d'exportations pour 55,4 milliards d'importations) et les produits agricoles et agroalimentaires (82,0 milliards d'euros d'exportations pour 75,5 milliards d'importations). Ces secteurs bénéficient d'une compétitivité hors-prix élevée (réputation mondiale, savoir-faire technologique, différenciation) adossée à des niveaux de productivité élevés.
Conclusion
La productivité des firmes est ainsi un déterminant central de la compétitivité d'un pays. Elle améliore la compétitivité-prix en réduisant les coûts unitaires de production, comme l'illustre la comparaison entre l'Allemagne ou les États-Unis d'un côté, et la France ou l'Espagne de l'autre. Elle soutient également la compétitivité hors-prix en permettant d'investir dans l'innovation et la qualité des produits, comme le montrent le cas d'Aequs Aerospace France et les performances à l'exportation des fleurons industriels français. Les firmes capables d'améliorer leur productivité disposent donc d'un atout majeur pour conquérir et maintenir des positions solides sur les marchés internationaux.
DISSERTATION
Sujet : Comment les questions environnementales peuvent-elles devenir un problème public ?
Introduction
Les questions environnementales (changement climatique, épuisement des ressources naturelles, atteintes à la biodiversité, pollution) constituent des enjeux objectifs pour les sociétés humaines. Pourtant, leur reconnaissance comme problèmes appelant une intervention collective ne va pas de soi : une situation ne devient un problème public que lorsque des acteurs parviennent à la définir comme un enjeu collectif légitime et à la faire inscrire à l'agenda politique, c'est-à-dire parmi les priorités reconnues par les pouvoirs publics comme nécessitant une réponse.
Le nombre de publications scientifiques mondiales sur la protection de l'environnement a été multiplié par 3,1 entre 2010 et 2020, passant de 75 509 à 230 900 pour les 15 pays analysés (document 1), témoignant d'une mobilisation croissante des experts à l'échelle internationale. Pour autant, en France, seulement 9 % des sondés citaient en 2024 l'environnement comme la question la plus importante (document 2), révélant le caractère inachevé et instable de cette construction.
Comment les questions environnementales parviennent-elles à accéder au statut de problème public ? Nous montrerons d'abord que cette construction résulte de la mobilisation de multiples acteurs qui légitiment, publicisent et s'approprient les enjeux environnementaux (I), avant d'analyser pourquoi cette mise à l'agenda politique reste un processus complexe, traversé par des tensions et des obstacles (II).
I. La mobilisation de multiples acteurs construit les questions environnementales en problème public
A. Les experts et scientifiques légitiment l'enjeu environnemental
La construction d'un problème public suppose d'abord que la situation soit identifiée et qualifiée comme problématique. Les chercheurs et experts jouent ici un rôle fondamental : en produisant des connaissances scientifiques documentées sur les phénomènes environnementaux, ils fondent la légitimité de l'enjeu et fournissent les bases empiriques d'une éventuelle intervention publique.
Le document 1 illustre cette dynamique à l'échelle mondiale : entre 2010 et 2020, les publications scientifiques sur la protection de l'environnement ont progressé dans l'ensemble des 15 pays étudiés, avec des hausses particulièrement marquées en Iran (×7,0), en Chine (×5,9) et en Inde (×5,4). Cette mobilisation massive et internationale des chercheurs contribue à faire reconnaître les problèmes environnementaux comme des enjeux sérieux et documentés. L'expertise scientifique, comme celle du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), alimente directement les négociations politiques internationales (COP) et joue un rôle crucial dans la mise à l'agenda politique des questions climatiques.
B. Les militants, ONG et mouvements citoyens publicisent et amplifient le problème
La qualification scientifique d'un problème ne suffit pas à le transformer en problème public : il faut encore que des acteurs parviennent à le faire reconnaître par le grand public et par les décideurs politiques. Les militants écologistes, ONG et mouvements citoyens jouent ce rôle de publicisation, c'est-à-dire de transformation d'un enjeu technique en problème collectif ressenti par l'ensemble de la société.
Le document 4 illustre ce mécanisme à travers la figure de Paul Watson, militant de la protection des océans, connu pour ses actions à fort retentissement médiatique (sauvetage de bébés phoques en 1977, actions contre des baleiniers). Ces actions spectaculaires attirent l'attention du grand public sur des enjeux qui resteraient autrement confinés aux milieux scientifiques. Les ONG et mouvements citoyens (associations de protection de la nature, mobilisations pour le climat) élargissent ainsi le cercle des acteurs sensibilisés et exercent une pression sur les pouvoirs publics pour qu'ils inscrivent ces enjeux à l'agenda politique.
C. Les entreprises et les acteurs économiques s'impliquent et élargissent l'audience
Les acteurs économiques peuvent également contribuer à la construction des questions environnementales en problème public, notamment lorsqu'ils prennent conscience des effets du dérèglement environnemental sur leurs activités propres.
Le document 4 montre la coopération entre Paul Watson et Alexandre Ricard, PDG de Pernod Ricard (CAC 40). Ce dernier souligne l'impact concret du dérèglement climatique sur son activité (« en Australie, les vendanges ont, en dix ans, été déplacées de janvier à mars pour cause de dérèglement climatique ») et finance à 75 % l'action de l'Institut océanographique Paul-Ricard. Patricia Ricard, présidente de l'Institut, explicite la logique de ce « mélange des genres » : « quand Alexandre prend la parole, il est plus facilement entendu par ses pairs, il touche un public plus large que le nôtre. » Ce type d'alliance élargit l'audience du message environnemental au-delà des cercles militants traditionnels.
Le document 3 confirme que les entreprises s'engagent matériellement dans la protection de l'environnement : en 2023, les investissements industriels français les plus élevés concernent l'économie d'énergie (le poste le plus important) et les énergies renouvelables (environ 560 millions d'euros, auxquels s'ajoutent 40 millions d'euros d'études en prévision d'investissements futurs). Cette mobilisation des acteurs économiques contribue à renforcer la légitimité et la visibilité des enjeux environnementaux comme problème public.
II. La mise à l'agenda politique est un processus complexe, traversé par des tensions et des obstacles
A. La perception du problème environnemental reste fluctuante et concurrencée par d'autres enjeux
La construction d'un problème public n'est jamais définitivement acquise : elle dépend d'un contexte social, économique et politique changeant, et se heurte à la concurrence d'autres problèmes publics pour l'attention des citoyens et des décideurs.
Le document 2 révèle la volatilité de la place accordée aux questions environnementales dans les préoccupations des Français. La part des sondés citant l'environnement comme la question la plus importante passe de 7 % en 2013 à 16 % en 2019, un pic coïncidant avec de grandes mobilisations citoyennes pour le climat, avant de retomber à 10 % en 2020, puis de se maintenir autour de 9-12 % jusqu'en 2024. L'irruption de la crise inflationniste en 2022 illustre particulièrement bien cette concurrence : cette année-là, 38 % des sondés citaient la hausse des prix comme première préoccupation, reléguant l'environnement à 10 %. En 2024, l'environnement (9 %) reste très loin derrière la hausse des prix (26 %) et l'immigration (15 %). La mise à l'agenda politique des questions environnementales reste donc soumise aux aléas du contexte et à la compétition entre problèmes publics.
B. Les acteurs entretiennent des relations de coopération mais aussi de conflit
Si le document 4 présente une image de coopération fructueuse entre acteurs aux profils et méthodes très différents, les relations entre les parties prenantes de la question environnementale sont en réalité souvent marquées par des tensions et des conflits d'intérêt.
Les entreprises peuvent s'opposer à des réglementations environnementales jugées trop contraignantes pour leur compétitivité. Les États défendent leurs intérêts économiques nationaux dans les négociations internationales. À l'échelle mondiale, les négociations climatiques (COP) sont contraintes par des stratégies de passager clandestin : certains États cherchent à bénéficier des efforts de réduction des émissions consentis par les autres, sans en supporter le coût. Les inégalités de développement entre pays renforcent ces tensions : les pays en développement font valoir leur droit à la croissance économique et demandent que les pays industrialisés (historiquement responsables de la majeure partie des émissions cumulées) supportent l'essentiel de l'effort de réduction. Ces divergences d'intérêts ralentissent l'inscription de ces enjeux à l'agenda international et la mise en œuvre de politiques environnementales ambitieuses.
C. L'action publique à différentes échelles reste contrainte dans son efficacité
Même lorsqu'un problème environnemental est reconnu et inscrit à l'agenda, sa traduction en action publique efficace demeure difficile. L'action publique pour l'environnement s'exerce à des échelles multiples (locale, nationale, européenne, mondiale) ce qui suppose des mécanismes de coordination complexes entre des acteurs nombreux aux intérêts divergents. Les instruments disponibles (réglementation, marchés de quotas d'émission, taxation, subventions à l'innovation verte) présentent chacun des avantages et des limites, et leur mise en œuvre peut se heurter à des dysfonctionnements de l'action publique.
Par ailleurs, comme le montre le document 2, la perception citoyenne des enjeux environnementaux reste volatile, limitant la capacité des pouvoirs publics à mettre en œuvre des politiques ambitieuses qui pourraient être perçues comme coûteuses à court terme pour les ménages ou les entreprises. Les pouvoirs publics sont ainsi soumis à des arbitrages difficiles entre l'urgence environnementale et d'autres priorités sociales et économiques.
Conclusion
Les questions environnementales ne deviennent un problème public qu'au terme d'un processus complexe de construction sociale et politique, mobilisant des acteurs aux profils variés (scientifiques, militants, entreprises, pouvoirs publics) qui entretiennent des relations à la fois de coopération et de conflit. La multiplication des publications scientifiques et l'engagement croissant des acteurs économiques témoignent d'une prise de conscience réelle et d'une légitimation progressive des enjeux environnementaux. Cependant, la place de l'environnement dans les préoccupations du public reste instable et concurrencée par d'autres problèmes publics, et sa traduction en action publique se heurte à des obstacles structurels (stratégies de passager clandestin, inégalités de développement, défauts de coordination entre échelles). La mise à l'agenda politique des questions environnementales est donc un processus inachevé, qui requiert en permanence le renouvellement des mobilisations et la construction de coalitions entre acteurs aux méthodes et aux intérêts différents.

